L’expédition Magellan-Elcano
Issu de la noblesse du nord du Portugal, le jeune Fernão de Magalhães embarque avec l’armada de Francisco de Almeida pour les Indes (1505). Il participe à la bataille de Cannanore (1506) et surtout de Diu (1509), qui scelle la mainmise portugaise sur le commerce des épices. Il est également de la conquête du Sultanat de Malacca avec Afonso de Albuquerque (1511) qui permet d’assurer le contrôle des voies maritimes du sud-est asiatique.
Durant son séjour aux Indes, puis à son retour au Portugal (vers 1512-1513), Magellan correspond avec Francisco Serrão, conseiller du roi de Ternate (Moluques) ; de ces échanges naît le projet de rallier les Moluques en passant par l’ouest.
À l’époque, les îles Moluques sont le seul endroit du monde où pousse le giroflier, qui donne le clou de girofle. Utilisé en cuisine, on lui prête également des vertus médicinales. Rare et lointaine, cette épice se négocie à prix d’or.
Après avoir essuyé le refus de Manuel Ier de Portugal de financer l’expédition, Magellan se rend à Séville (1517). Il y fait la connaissance de Diogo Barbosa, alcade de l’arsenal de Séville d’origine portugaise, dont il épouse la fille Beatríz. Barbosa lui permet d’obtenir une audience auprès de Carlos Ier d’Espagne qui accepte son projet.
L’Amérique
Malgré les intrigues du Portugal pour faire échouer l’expédition, les cinq navires de l’Armada para el descubrimiento de la especería quittent San Lúcar de Barrameda (20/09/1519).
Après un arrêt aux Canaries pour avitailler (29/09/1519), la flotte longe la côte africaine puis traverse l’Atlantique en direction du Brésil. Durant le trajet, une énième altercation oppose Fernand de Magellan à Juan de Cartagena, le représentant du roi (veedor) : le Portugais refuse en effet de révéler le but de l’expédition alors que l’Espagnol estime qu’il doit en être informé. Magellan le fait mettre aux fers (30/10/1519).
Après un arrêt à Río de Janeiro (13/12/1519), les navires explorent la côte américaine jusqu’au río de la Plata. L’hiver austral approchant, ils sont alors contraints d’hiverner dans la baie de San Julián (31/03/1520).
Dès le lendemain se déclenche une mutinerie instiguée par Gaspar de Quesada, en vue de libérer Cartagena et prendre le contrôle de l’armada. Avec l’aide de l’alguazil Gonzalo Gómez de Espinosa, Magellan parvient à mâter l’insurrection.
Gaspar de Quesada est exécuté, mais les autres mutins (une quarantaine, dont Juan Sebastián Elcano) sont graciés : sans eux, il sera impossible de poursuivre l’expédition.
Durant la suite de l’hivernage, le Santiago est envoyé en reconnaissance plus au sud. Il explore l’embouchure du río Santa Cruz, mais fait naufrage (22/05/1520). La quasi-totalité des marins survit. Deux d’entre eux partent en direction de San Julián par la terre, pour prévenir leurs camarades ; ils atteignent la baie après une dizaine de jours de marche, à court de vivre et d’eau. Magellan décide de déplacer les navires jusqu’au río Santa Cruz où va se poursuivre l’hivernage (24/08/1520).
L’armada reprend sa route au printemps en abandonnant Cartagena, qui fomentait une nouvelle mutinerie. Elle atteint l’entrée du détroit de Magellan (21/10/1520).
Au cours de l’exploration, le San Antonio déserte et rentre en Espagne (08/11/1520).
L’embouchure est aperçue (13/11/1522) et, malgré l’opposition de ses officiers, Magellan décide de poursuivre l’aventure (21/10/1522).
Le Pacifique
Après avoir longé la côte sud-américaine durant une vingtaine de jours, la traversée du Pacifique débute (16/12/1522).
En proie au scorbut, les marins arrivent à Guam (06/03/1521) après un périple de trois mois au cours desquels ils ne croisent pratiquement aucune terre. Les autochtones, qui n’ont jamais rencontré d’Européens, se montrent avenants mais s’emparent aussi de tous les objets qu’ils aperçoivent, y compris une chaloupe, ce qui déclenche de sanglantes représailles.
Ils atteignent ensuite les Philippines (16/03/1521). Une messe est dite à Limasawa (31/03/1521) avant de partir pour Cebu, où Magellan pactise avec le souverain local, Humabon, puis avec tous ceux des environs à l’exception de Lapu Lapu, le chef de Mactan. Souhaitant faire une démonstration de force, Magellan organise une expédition punitive sur l’île de Mactan ; mal préparée, celle-ci tourne au fiasco et Fernão de Magalhães est tué (27/04/1521).
Le commandement est redistribué, mais un guet-apens organisé par Humabon décime les équipages, obligeant les autres à fuir (01/05/1521).
Les Moluques
Durant les mois de mai et juin, les deux derniers navires errent aux Philippines sous le commandement de João Carvalho. Ils accostent à Bornéo (10/07/1521) où une intrigue du sultan les contraint à s’enfuir en abandonnant certains des leurs.
Carvalho est destitué et la flotte placée sous le commandement de Giovanni Battista da Ponzoroni (15/08/1521).
S’ensuit une nouvelle errance de deux mois aux Philippines, des pilotes locaux leur permettent d’atteindre enfin les Moluques (08/11/1521). Un pacte est scellé avec Al-Manzor, souverain de Tidore, qui leur promet de leur fournir tous les clous de girofle qu’il pourra trouver. Durant leur séjour, ils apprennent que les Portugais stationnés aux Indes sont à leur recherche. Après avoir acheté des clous de girofle aux différents souverains locaux, les Européens décident de partir au plus vite.
Mais au moment du départ (18/12/1521), une voie d’eau est découverte sur la Trinidad. La décision est prise de faire partir la Victoria pendant que la Trinidad sera réparée à Tidore.
Le Retour en Espagne
Contrainte par les vents de mousson qui soufflent d’ouest en est à cette saison, la Victoria se dirige vers le sud (21/12/1521). Lors de l’escale à Timor, Elcano informe l’équipage qu’ils ne suivront pas l’itinéraire prévu par Malacca et les Maldives : ils traverseront directement l’océan Indien en direction du cap de Bonne-Espérance, afin d’éviter les routes empruntées par les Portugais. Les marins se rebellent et deux d’entre eux désertent. La Victoria, qui prend l’eau, poursuit sa route en suivant le plan d’Elcano.
Après un périple de trois mois, la caraque atteint la côte sud-africaine (08/05/1522), où elle essuie une terrible tempête qui cause un démâtage. Il leur faut presque quinze jours pour contourner la pointe de l’Afrique et passer le cap de bonne-Espérance (22/05/1522).
La remontée de l’Atlantique voit les morts s’enchaîner, et l’équipage bientôt être à court de vivres et d’eau. Alors que le navire longe la côte gambienne, Elcano consulte ses hommes avant de prendre la décision de rallier le Cap-Vert, pourtant sous pavillon portugais.
À leur arrivée (09/07/1522), ils font croire qu’ils viennent d’Amérique et ont essuyé une tempête (l’état de leur navire donnant du crédit à leur récit). Les Portugais les accueillent et leur permettent d’avitailler. Mais, bientôt en manque d’argent, les hommes décident de troquer des clous de girofle, révélant ainsi leur identité. La caraque est contrainte de mettre les voiles en catastrophe, abandonnant 13 marins.
La Victoria poursuit sa course vers le nord, contourne les Açores et atteint finalement San Lúcar de Barrameda (06/09/1522), port d’où elle était partie trois ans plus tôt, avec seulement 18 marins à bord.
Deux jours plus tard (08/09/1522), la Victoria entre dans le port de Las Mulas, à Séville, où elle peut décharger sa cargaison qui sera par la suite vendue au marché d’Anvers, remboursant ainsi tous les frais engagés dans l’expédition.
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