Arrivée aux Philippines

 

Samedi 16 mars 1521
Samar (Philippines)

Une semaine jour pour jour après avoir quitté la Isla de los Ladrones (Île des Larrons) et mis le cap au sud-ouest, [1] la flotte arrive en vue de Samar, aux Philippines, et approche au niveau de sa pointe sud.

Une fois encore, les explorateurs ont dû bénéficier de conditions météorologiques favorables : les deux îles sont distantes d’environ 2 000 km (1 080NM), soit une allure confortable de 6,5 nœuds.

 

Sans doute échaudé par sa récente aventure aux Mariannes, Magellan choisit de ne pas aborder tout de suite l’île. La flotte longe d’abord la côte en direction du nord-ouest, mais ne rencontre que des hauts-fonds. [2]
Ils repartent alors en sens opposé et, contournant la pointe sud-est de Samar, découvrent une toute petite île : Suluan. [3] Magellan fait mettre à l’eau une annexe pour aller reconnaître les lieux. Mais à peine les marins ont-ils touché terre que surgissent deux praos qui contournent la pointe de l’île [4] ; les hommes restés à bord de la Trinidad rappellent les leurs qui s’empressent alors de rallier le navire amiral. Voyant cela, les autochtones font demi-tour. [5]

La flotte se remet en route et arrive à une petite île en forme de croissant. Il s’agit d’Homonhon, une terre inhabitée où ils choisissent de jeter l’ancre.
Ils l’atteignent sans doute en fin de journée car le capitán general, toujours prudent, préfère attendre le lendemain pour mettre pied à terre. [6]

 

Ainsi le pilote génois (Leone Pancaldo ou Giovanni Battista da Ponzoroni) narre-t-il leur première rencontre avec les Philippins.
Le texte de Francisco Albo, assez bref, dit que, voyant arriver des navires indigènes, ils voulurent aller vers eux, mais ceux-ci s’enfuirent. Maximilianus Transylvanus raconte peu ou prou la même chose, indiquant même qu’ils sont allés vers Suluan, et s’est peut-être basé sur le récit du contramaestre (tout en le déformant). [7]
Le récit du pilote génois, assez détaillé sur cet évènement, semble plus fiable et correspondre à la fois à la méfiance dont fait preuve Magellan vis-à-vis des indigènes, mais aussi au récit de Pigafetta.
À moins que la réalité ne soit un mélange des deux versions : une fois l’équipage de la chaloupe revenue à bord, les Européens auraient tenté de s’approcher des praos avec leurs caraques ; à la vue de ces énormes navires venant vers eux, les autochtones auraient pris peur et se seraient enfuis (même si, comme l’indique le pilote génois, les habitants de Suluan ont déjà rencontré des « hommes comme eux »).

 

Ce jour décède de maladie Gutierre González, dit « Gutierre Asturiano », page de la Trinidad.

 

Carte - Asie Sud-Est - Philippines - Samar, Suluan et Homonhon
Carte de l’Asie du Sud-est, avec Samar, Suluan et Homonhon (Philippines)

 

 

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________

[1] Bernal, Derrotero de Francisco Albo (2015), p.13
Sir Stanley of Alderley, The First Voyage Round the World, by Magellan – Narrative of the Anonymous Portuguese (1874), p.31

Ginés de Mafra dit qu’ils ont navigué vers l’ouest pendant dix jours (y navegando al poniente al cabo de diez dias) ce qui ne correspond étrangement pas puisqu’ils ont quitté Guam le samedi 9 mars pour atteindre Samar le samedi 16. Même en ajoutant la journée de reconnaissance des côtes, cela ne fait que huit jours. Cette imprécision demeure inexpliquée.
Ginés de Mafra, Libro que trata del descubrimiento del Estrecho de Magallanes (1542), p.198

[2] Bernal, Derrotero de Francisco Albo (2015), p.13 

[3] Par comparaison, Samar (13,428.8 km2) est d’une taille comprise entre la Corse (8,722 km2) et la Sardaigne (24,090 km2) ; Suluan fait, elle, seulement 4.84 km2.

[4] À noter que le prao philippin est en fait une sorte de trimaran, dans la mesure où la pirogue centrale possède un balancier de chaque côté.

[5] Sir Stanley of Alderley, The First Voyage Round the World – The Genoese Pilot’s Account of Magellan’s Voyage (1874), p.10

L’historien américain Laurence Bergreen suggère qu’ils ont en fait passé plusieurs heures à Suluan, avant de partir pour Homonhon.
Bergreen, Over the Edge of the World: Magellan’s Terrifying Circumnavigation of the Globe (2003)

[6] Pigafetta, Primer viaje alrededor del Globo (Civiliter p.41 ; Charton p.295)

[7] Bernal, Derrotero de Francisco Albo (2015), p.13 : « y fuimos a dar en otra isla pequeña y allí surgimos, y esto fue el mismo día, y esta isla se llama Suluan, y la primera se llama Yunagan ».
Sir Stanley of Alderley, The First Voyage Round the World – A Letter from Maximilianus Transylvanus (1874), p.197 : « When they reached Inuagana, the island was discovered to be uninhabited. They then approached a rather small island, where they saw two Indian canoes ». 

 

 

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