Arrivée à Séville de la Victoria

 

* Victoria *
Lundi 8 septembre 1522
Séville (Espagne)

C’est une Victoria en piteux état qui arrive au port de Las Muelas à Séville en ce 8 septembre.
Les marins épuisés trouvent néanmoins la force d’effectuer une décharge d’artillerie pour annoncer leur retour. [1]

 

Le lendemain, mardi 9, les hommes se rendent à l’église. [2]
En chemises et pieds nus, une bougie à la main, la procession visite Notre-Dame de la Victoire (Nuestra Señora de la Victoria), située sur la rive ouest du Guadalquivir. Celle-là même où les marins s’étaient recueillis le mercredi 10 août 1519, avant de quitter Séville. [3]
La procession se rend ensuite à Sainte-Marie d’Antigua (Nuestra Señora de la Antigua).
Antonio Pigafetta rappelle qu’ils en ont plusieurs fois appelé à l’aide de la Vierge Marie lors des moments difficiles, et promis de lui rendre hommage s’ils revenaient sains et saufs.

 

 

* Victoria *
Mercredi 10 septembre 1522
Séville (Espagne)

Il faut attendre deux jours pour que soit déchargé le navire, et notamment la cargaison d’épices.
Malgré un voyage chaotique, leur qualité se révèlera supérieure à toutes celles importées jusqu’ici en Europe. [4] Les clous de girofle, à eux seuls, sont estimés à 7 888 684 maravédis[5] L’historien belge Jean Denucé évalue cela à 113 400 francs, sans préciser s’il s’agit de francs belges ou de francs français ; en se basant sur le franc français de 1911 (date de parution de son ouvrage), cela représente 36 805 552,80 € (2021). [6] Les autres épices sont estimées à 15 000 francs, soit 4 868 459,37 € (2021).
En déduisant tous les frais occasionnés par l’expédition, le bénéfice net est évalué à 50 000 francs, soit 16 228 197,88 € (2021).
Le voyage vers les Moluques par l’ouest, malgré son apparent désastre, se révèle en réalité très profitable à l’Espagne, comme l’avait laissé entendre Fernão de Magalhães lorsqu’il avait tenté de convaincre le roi Carlos du bien-fondé de son projet.

Dans une cédule du 10 octobre 1522, le roi Carlos ordonne que la totalité des clous de girofles soit confiée à Cristóbal de Haro, marchand flamand, qui avait participé au financement de l’expédition. Cristóbal de Haro étant retenu à Valladolid, il charge son facteur Diego Diaz de s’en occuper. Ce dernier accuse réception de la marchandise le 15 novembre 1522 et transfère celle-ci à Anvers. Elle y sera vendue le 21 janvier 1523. [7]

 

D’après l’historien espagnol Eustaquio Fernández de Navarrete, les marins furent par la suite reçus un peu partout à Séville afin d’y raconter leurs aventures. [8]

Seville - Quartier Triana (Alonso Sanchez Coello - peinture fin 16e siecle)
Vista de Sevilla, Alonso Sánchez Coello. Peinture réalisée entre 1576 et 1600, montrant le quartier de Triana, à Séville, avec la Flotte des Indes amarrée.

 

 

Juan Sebastián Elcano reçoit bientôt une convocation du roi Carlos, datée du samedi 13 septembre 1522 (et qui fait suite au courrier envoyé le 6 septembre depuis Sanlúcar). Il lui demande de se présenter, avec deux de ses compagnons (« les plus sains d’esprit et les plus raisonnables »), pour faire le récit de leur voyage, et remettre tous les documents qui sont en leur possession. Sans doute conscient que les trois hommes n’ont plus que des guenilles sur eux, le monarque a fait prévenir la Casa de Contratación pour qu’elle leur fournisse des vêtements.
Dans cette lettre, le souverain accorde explicitement aux marins de la Victoria la quatrième partie du vingtième des marchandises se trouvant à bord (é por la presente vos la hago de la dicha cuarta parte de la dicha veintena), comme Elcano en avait fait la demande.
Enfin, Carlos informe le marin basque qu’il a pris des dispositions concernant ses compagnons restés prisonniers au Cap-Vert. [9]

Ainsi, Juan Sebastián Elcano choisit Francisco Albo, le pilote grec, et Hernando de Bustamante, le barbier extrémègne, pour l’accompagner à Valladolid, où ils seront interrogés par l’alcade de la Casa y Corte Sancho Díaz de Leguizamo, samedi 18 octobre 1522.

 

D’après l’historien belge Jean Denucé, alors qu’il se trouvait encore à Séville, Elcano aurait remis les journaux de bord et les cartes de l’expédition à Sebastiano Caboto, alors piloto mayor du roi. [10]
Ceci n’est pas étonnant : les cartes constituaient en effet des biens particulièrement précieux, qui étaient prêtés aux navigateurs et devaient être restitués à leur retour. Toutes ces cartes étaient conservées à la Casa de Contratación de Séville, dans un coffre à double serrure : l’un en la possession du piloto mayor, l’autre dans les mains du cartógrafo mayor. [11]

 

 

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________

[1] Pigafetta, Primer viaje alrededor del Globo (Civiliter p.146 ; Charton p.350)
Navarrete, Historia de Juan Sebastián del Cano (1872), VIII, p.105
Denucé, Magellan. La question des Moluques et la première circumnavigation du globe (1911), p.360
Zweig, Magellan (1938), p.254

[2] Pigafetta, Primer viaje alrededor del Globo (Civiliter p.147 ; Charton p.350)
Navarrete, Historia de Juan Sebastián del Cano (1872), VIII, p.105
Denucé, Magellan. La question des Moluques et la première circumnavigation du globe (1911), p.360

[3] Notre-Dame de la Victoire est normalement célébrée le 8 septembre, et marque la fin du Grand Siège de Malte (1565), à l’issue duquel les Hospitaliers parviennent à repousser les Ottomans.

[4] Denucé, Magellan. La question des Moluques et la première circumnavigation du globe (1911), p.362 ; citant la lettre du 4 août 1524 de Fernando Carli, Archivo Storico Italiano. Florence, 1812-1857. Appendix, vol. IX

[5] Queiroz Veloso, Revue d’histoire moderne : Fernao de Magalhaes, sa vie et son voyage (1939), p.515
Denucé, Magellan. La question des Moluques et la première circumnavigation du globe (1911), p.362

[6] Convertisseur francs-euros de l’INSEE (tenant compte de l’érosion monétaire due à l’inflation)

[7] Navarrete, Historia de Juan Sebastián del Cano (1872), Appendice X, p.275

[8] Navarrete, Historia de Juan Sebastián del Cano (1872), VIII, p.108

[9] Navarrete, Historia de Juan Sebastián del Cano (1872), Appendice XI, p.277
Denucé, Magellan. La question des Moluques et la première circumnavigation du globe (1911), p.362

[10] Denucé, Magellan. La question des Moluques et la première circumnavigation du globe (1911), p.385

[11] Orsenna, L’entreprise des Indes (2010), p.236-237

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