L’Assaut sur Mactan et la Mort de Magellan

 

Samedi 27 avril 1521 – Matin
Mactan (Philippines)

En pleine nuit, les esquifs européens, chargés d’une soixantaine d’hommes en armes, traversent le canal séparant Cebu de Mactan. À leur suite, une vingtaine de balangays emportant deux mille Cebuanos.
Ils contournent l’île par le nord et arrivent dans une baie, en vue de ce qui constitue le village le plus important de l’île, sur laquelle règne le datu Lapulapu.

Le soleil est encore couché et ne se lèvera que dans trois heures. [1]

 

 

Le lieu présumé est celui où s’érige aujourd’hui le monument commémoratif de la bataille. Il est situé dans le quartier (barangay) de Mactan, et la baie se nomme « Magellan Bay ».

 

Les récits d’époque (surtout ceux d’Antonio Pigafetta et de Ginés de Mafra), bien que précis, divergent étonnamment. Ce qui rend difficile la reconstitution des évènements.
Le Lombard a une propension à déformer pour enjoliver, mais ici ce n’est pas forcément évident car il a lui-même participé au combat ; à l’inverse, il n’est pas prouvé que Mafra ait été présent (il n’en existe aucune mention), et les faits lui ont peut-être été rapportés.

 

 

Magellan, avant d’engager toute action, décide d’envoyer le marchand siamois avec un message pour Lapulapu : il est encore temps pour lui de reconnaître l’autorité du roi d’Espagne, ainsi que celle d’Humabon, et de payer le tribut demandé ; s’il s’exécute, ses écarts passés seront oubliés. Dans le cas contraire, il goûtera des lances espagnoles.
Lorsqu’il revient, le Siamois rapporte que les indigènes ne sont pas intimidés ; ils clament même que, si elles ne sont faites que de roseaux à la pointe durcie au feu, eux aussi possèdent des lances. [2]

Si la confrontation apparaît inévitable, le souverain de Mactan désire néanmoins un répit : il demande à ne pas être attaqué de nuit, car il attend des renforts.
Cette demande saugrenue est en réalité d’un guet-apens : il veut inciter les assaillants à attaquer tout de suite. Il espère qu’à la faveur de l’obscurité, ils ne verront pas les pièges qui leur ont été tendus sur la plage : des fossés et des trous hérissés de pieux. Mais Magellan est au courant de leur existence. [3]

 

Aux premières lueurs du jour, les marins sautent des chaloupes.
Ils sont une quarantaine à débarquer, équipés de plastrons et de casques, d’épées et d’armes à poudre. L’effectif restant (une dizaine d’hommes) est chargé de surveiller les esquifs. [4]
Humabon et ses gens descendent aussi, contre la volonté de Magellan ; il lui redemande de ne pas mener le combat, et le prévient qu’il n’aura qu’à faire un signe pour que ses hommes interviennent. [5]

Parce que l’endroit présente des haut-fond coralliens, les embarcations ne peuvent aborder directement la plage et le détachement doit crapahuter sur plusieurs centaines de mètres avec de l’eau jusqu’aux cuisses. [6]

Arrivés sur la terre ferme, ils découvrent un grand village implanté au milieu d’une palmeraie. Et celui-ci semble désert. Magellan ordonne alors d’incendier une maison.
Mais au moment où on s’apprête à le faire, une cinquantaine d’indigènes surgit de la cahute et les attaque. Un Galicien se fait alors trancher la jambe et meurt. [7] Les Européens se ruent alors sur les indigènes qui battent en retraite à travers les rues du village. Ils les poursuivent, sauf qu’il s’agit d’un piège : d’autres guerriers les prennent à revers. [8]

En tout, ce sont plusieurs milliers d’indigènes qui les attendent sur l’île de Mactan. [9] Lapulapu a en effet reçu des renforts d’autres îles dans la nuit. [10]
Divisés en trois groupes, ceux-ci poussent des hurlements avant de se ruer sur les marins ; deux arrivent par le flanc et un de face.
Les Européens forment alors deux pelotons et ripostent avec leurs arbalètes et leurs arquebuses. [11] Les échanges de tirs vont durer près d’une demi-heure, mais sans réelle efficacité. [12]

Les indigènes se rendent en effet vite compte que les armes à poudre des Européens ne sont en vérité pas si dangereuses que cela.
Tout d’abord, leur maniement est lourd. La cadence de tir est lente car recharger l’arme prend du temps. De plus, l’arquebuse repose sur un fourquin planté dans le sol, qu’il est souvent nécessaire de remettre en place car la déflagration le fait trembler. [13]
Ensuite, une partie de la poudre a sans doute été mouillée durant le transport entre les chaloupes et la plage, la rendant inutilisable. [14]
Enfin, si les traits et les balles parviennent à perforer les boucliers, les tirs ne sont pas immédiatement mortels (ou en tout cas, pas systématiquement). Il semble même que les indigènes ne soient que peu blessés, et puissent en général continuer le combat.
Tout ceci ne contribue qu’à les enhardir.

C’est une avalanche de pierres, de pieux durcis, de lances et même de terre, qui s’abat sur les Européens. D’autant que les îliens ont mis à profit la nuit pour ériger des palissades derrière lesquelles ils s’abritent pour harceler leur ennemi. [15]
Incapables de riposter, Magellan ordonne qu’on mette le feu à des huttes pour créer une diversion.
L’incendie ravage entre vingt et trente habitations, mais les autochtones accourus sur place tuent deux marins. [16]

Quelqu’un demande alors à Magellan d’appeler à la rescousse les 2 000 Cebuanos qui attendent près des embarcations. Le capitán general refuse et demande à ses hommes de faire preuve de courage, de ne pas se laisser impressionner par le nombre. Il leur rappelle qu’au Yucatan, deux milles Espagnols ont fait face à deux cents ou trois mille Mayas. [17]

Les îliens ont repéré un point faible chez les occidentaux : si leur poitrine et leur tête sont protégées, il n’en va pas de même pour leurs jambes et leurs bras (ils ne portent pas d’armure intégrale, qui de toute façon ne leur aurait pas permis de se mouvoir dans l’eau).
Ils concentrent donc leurs jets sur ces membres. [18]

Une flèche (empoisonnée selon Pigafetta) atteint alors Magellan à la jambe.
L’historien portugais José Mariá de Queirós Veloso et l’historien belge Jean Denucé précisent qu’il s’agit de la jambe droite. Or cela a son importance : en 1513, Magalhães a été blessé au genou par une lance lors de la bataille d’Azemmour (Maroc), le gauche selon Stefan Zweig et Queirós Veloso. [19] Ainsi, depuis lors, le navigateur portugais boite légèrement.
Si la flèche a atteint la jambe « valide », Magellan se trouve très sérieusement handicapé et ne peut plus se mouvoir qu’avec grande difficulté.

Le capitán general ordonne immédiatement la retraite. Mais au lieu de se replier en bon ordre, nombre de marins s’enfuient, ne laissant leur commandant qu’avec sept ou huit hommes. [20] Soit à cause de la panique, soit à cause du combat qui fait rage, certains tombent dans les trous hérissés de pieux. [21]
Le petit groupe se replie tant bien que mal sous les assauts ennemis, mais se trouve bientôt ralenti par l’eau qui lui monte jusqu’aux genoux. Les indigènes poursuivent leur harcèlement, principalement dirigé vers Magellan, dont ils ont compris qu’il était le chef (il va notamment, selon Pigafetta, perdre son casque à deux reprises). Au fur et à mesure de l’avancée, les îliens récupèrent les lances qu’ils ont précédemment jetées, pour les lancer de nouveau.
Les bombardes demeurées dans les chaloupes ne sont d’aucune réelle utilité à cause de la distance. Pire : en tentant malgré tout de porter assistance aux combattants à pied, les tireurs vont blesser leurs propres camarades. [22]
Cet affrontement les pieds dans l’eau s’étale sur une heure. [23]

Mort de Magellan (Mactan, Philippines) (Jules Verne - Les grands voyages - 1878)
Mort de Magellan ©L. Benett & P. Philippoteaux, in Jules Verne, Les grands voyages et les grands voyageurs. Découverte de la terre – Chapitre II : Premier voyage autour du monde (1878), p.313

 

C’est alors qu’un indigène parvient à frapper Magellan au niveau du front avec une lance. Celui-ci réplique et transperce l’opposant avec la sienne. Celle-ci reste plantée dans le corps de l’attaquant et le Portugais doit dégainer son épée ; mais blessé au bras droit par un coup de pique, il n’y parvient pas. L’apercevant désarmé, les assaillants se ruent sur lui, et un coup porté à la jambe gauche le fait s’effondrer dans l’eau, face en avant. Ses ennemis le submergent alors.
Selon Antonio Pigafetta, le capitán general a alors un dernier regard pour ses hommes, afin de s’assurer qu’ils peuvent s’enfuir.
Il est alors tué par une flèche et un coup de lance dans la gorge. [24]

Dans l’incapacité de lui porter secours, les survivants profitent de ce moment de répit pour tenter de regagner les chaloupes. [25]
Ayant vu Magellan tomber sous les coups de l’ennemi, les Cebuanos se ruent à la charge, obligeant les guerriers de Mactan à reculer avant d’aider les Européens blessés à regagner les esquifs. [26]

Le corps expéditionnaire repart vers Cebu, laissant derrière lui les corps de ses soldats morts au combat.

 

 

Pour Lapulapu, cette bataille est un véritable succès : il a repoussé les explorateurs occidentaux et ne compte, a priori, que de faibles pertes dans ses rangs. [27] Surtout, il a montré que les Européens n’étaient pas invincibles.

Le datu est de nos jours célébré comme un héros national philippin, et une imposante statue de bronze a été érigée en 1981. Elle côtoie un obélisque dédié à Fernão de Magalhães (Hernando de Magallanes), construit lui en 1866.
Toutes deux se trouvent dans un parc nommé « Temple de la liberté », qui se situe  à l’emplacement où s’est déroulée la bataille de Mactan. [28]

 

Côté Européens, l’assaut sur Mactan est un désastre total.

Ils sont huit Européens à y avoir laissé la vie :
Fernão de Magalhães
Cristóvão Rabello
Francisco Falcón González, dit « Francisco de Espinosa »
Pedro Gómez
Rodrigo Nieto
Antón de Noya [29]
Juan de la Torre
Antón de Escobar, qui décède le surlendemain

On compte également quatre indigènes cebuanos tués en se portant au secours des Européens.

Enfin, on peut éventuellement y ajouter Philibert Bodin dit « Filiberto », qui décèdera de ses blessures quatre mois plus tard.

Ce qui porte le bilan définitif de l’opération à 13 décès. [30]

 

À cela s’ajoute tous les blessés. Antonio Pigafetta rapporte que tous les survivants ont été touchés, plus ou moins gravement. Dans son témoignage au retour en Espagne (18 octobre 1522), Juan Sebastián Elcano parle de 26 blessés. [31]
De l’escouade de 34 hommes qui a débarqué, on peut citer certains membres : Antonio Pigafetta (blessé au front par une flèche), Henrique (fidèle serviteur de Magellan, les récits rapportent qu’il a été blessé) et Nicolás de Nápoles (et peut-être Diego Gallego, mais c’est incertain).
Il est également vraisemblable que Gonzalo Gómez de Espinosa ait été présent : prévôt de la flotte, c’est un homme d’arme et un fidèle de Magellan, comme l’a démontré son rôle dans la Mutinerie de Pâques. De plus, son serviteur Pedro Gómez a été tué à Mactan, et il est difficile d’imaginer que le serviteur soit allé au combat sans son maître.

On peut s’interroger sur la présence ou l’absence de Duarte Barbosa et João Serrão. Leurs noms ne sont pas mentionnés. La veille, ils ont conjuré leur capitán general de ne pas participer à l’assaut ; et il serait étonnant qu’ils ne se soient pas joints à lui pour tenter de le protéger.

Concernant Ginés de Mafra, l’expectative demeure : son récit est assez fouillé, mais il a pu recueillir les témoignages de ses camarades.

Un mot enfin sur Juan Sebastián Elcano, amené à jouer un rôle clef dans les évènements à venir : il n’a pas participé à cette opération. Selon l’historien espagnol Eustaquio Fernández de Navarrete, le maître de bord de la Concepción est en effet alité pour maladie en cette fin avril.

 

 

Ce fiasco pose une épineuse question au sujet de Magellan : pourquoi ?

Comme le souligne José Mariá de Queirós Veloso, Magellan n’est ni le premier ni le dernier à mourir dans un affrontement avec des indigènes supposés plus faibles. Il cite ainsi Juan Diaz de Solis, tué par imprudence avec ses compagnons dans le Rio de la Plata en 1516 (et dont la mort était connue à Séville avant le départ de Magellan), ou James Cook, mort bêtement à Hawaï pour un simple vol de chaloupe lors de son troisième voyage (14 février 1779).

Cependant, ici, Fernão de Magalhães ne semble pas avoir fait preuve d’une simple imprudence. Peut-être plutôt d’une trop grande confiance. Confiance dans son armement, en apparence très supérieur à celui des autochtones et dans la peur qu’il pouvait inspirer. Ce ne fut le cas ni de l’un, ni de l’autre.
Ses compagnons eurent beau le mettre en garde, il s’est obstiné envers et contre tout, au point que ses suites de décisions semblent irrationnelles (comme le refus d’aide de la part des Cebuanos). Ses contemporains eux-mêmes se montrent critiques. [32]
Se croyait-il invincible ? Le « succès » de son voyage, depuis la découverte du passage vers l’ouest jusqu’à l’annexion des Philippines, lui est-il monté à la tête ? C’est ce que certains auteurs pensent.

Mais cela ne suffit pas à tout expliquer. Car même lorsque ses hommes se trouvent submergés par le nombre, que certains ont déjà été tués et blessés, qu’on lui demande d’appeler les Cebuanos en renfort, il ne transige pas et l’on pourrait se demander s’il n’est pas alors pris de folie.
Ou bien si, compte tenu de la tournure des évènements, il n’a pas tenté une action insensée mais héroïque, quitte à y laisser la vie.

Car en réalité, son voyage n’a rien d’un succès. Bien au contraire.
Entre les morts et les déserteurs du San Antonio, il a perdu presqu’une centaine d’hommes, soit plus du tiers de ses marins. Il n’a aucun mal à imaginer quel portrait de lui vont faire ces mêmes déserteurs à leur retour à Séville ; surtout après la Mutinerie de San Julián, où il a tué, fait exécuté et abandonné les trois capitaines espagnols imposés par le roi. Il devra répondre de ses actes, il ne peut l’ignorer.
Et bien qu’il ait déjà conquis des îles riches en or et en mets inconnus, il n’a pas encore atteint le but de son voyage : les Moluques. Mais avant même d’y mettre le pied, il sait que celles-ci se trouvent dans la partie du globe appartenant aux Portugais. Or, pour convaincre le roi Carlos Ier de financer son expédition, il lui a assuré que les Îles aux Épices se trouvaient en territoire espagnol, et qu’il pourrait ainsi le démontrer. Il lui a donc en quelque sorte menti, et cela pourrait faire de lui un paria, quelles que soient les richesses qu’il ramène.
Et comme il est également paria au Portugal, où il est vu comme un traître, que lui reste-t-il ? Ibériques et Lusitaniens sont les deux plus grandes nations du XVIe siècle ; elles contrôlent toutes les routes maritimes (pour ne pas dire les mers elles-mêmes) et une grande partie des terres (au Portugal les Indes et l’Asie, à l’Espagne les Amériques).

À partir de là, Fernand de Magellan n’est-il tout simplement pas allé au-devant de la mort ? Par une action insensée et inutile, qu’aucun de ses proches ne comprend, et avec un jusqu’auboutisme absurde.

Les auteurs modernes s’interrogent toujours, et continueront probablement de s’interroger. Car personne, pas même ses contemporains, ne peut dire ce qui se passa dans la tête de Fernão de Magalhães en cette fin avril 1521. [33]

 

 

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________

[1] Pigafetta, Primer viaje alrededor del Globo (Civiliter p.76 ; Charton p.311)

[2] Pigafetta, Primer viaje alrededor del Globo (Civiliter p.76 ; Charton p.311)

[3] Ginés de Mafra indique juste que Humabon conseille à Magellan de ne pas débarquer de nuit, car il ne connaît pas les lieux.
Selon le chroniqueur espagnol Antonio de Herrera y Tordesillas (1549-1626), Humabon aurait averti Magellan du danger et du piège tendu. (À noter cependant que l’auteur a vécu et écrit sur ces évènements un siècle après leur déroulement ; il a pu extrapoler à partir des récits d’époque).
Pigafetta, Primer viaje alrededor del Globo (Civiliter p.77 ; Charton p.311)
Mafra, Libro que trata del descubrimiento del Estrecho de Magallanes (1542), p.201
Vázquez Campos, Bernal Chacón & Mazón Serrano, Auto de las preguntas que se hicieron a dos Españoles que llegaran a la fortaleza de Malaca, venidos de Timor en compaña de Álvaro Juzarte, capitán de un junco, (Témoignage de Martin Ayamonte), p.6 – citant Herrera, Década III, Libro I, capítulo III.

[4] Pigafetta dit que 49 débarquent et 11 restent en arrière (suivant son total de 60 hommes) ; pour Mafra, 34 débarquent (dont 13 arquebusiers) et 6 arquebusiers restent en arrière (suivant son total de 40 hommes).
Concernant ceux qui débarquent, Maximilianus Transylvanus et Francisco López de Gómara parlent de 40, Antonio de Herrera y Tordesillas de 55.
Pigafetta, Primer viaje alrededor del Globo (Civiliter p.77 ; Charton p.311)
Ginés de Mafra, Libro que trata del descubrimiento del Estrecho de Magallanes (1542), p.201
Denucé, Magellan. La question des Moluques et la première circumnavigation du globe (1911), p.317

[5] Mafra, Libro que trata del descubrimiento del Estrecho de Magallanes (1542), p.201

Selon l’historien belge Jean Denucé, Humabon aurait à ce moment-là renouvelé sa proposition d’attaquer le village avec ses hommes.
Denucé, Magellan. La question des Moluques et la première circumnavigation du globe (1911), p.317

[6] La distance est une estimation personnelle, à partir d’une carte satellite de la baie. Sans tenir compte d’une possible inclinaison du terrain, qui pourrait faire varier la hauteur de l’eau (mais cela ne semble pas être le cas), les chaloupes ont dû se tenir au minimum à 500 mètres de la plage.

[7] Parmi les marins tués ce jour-là, deux sont originaires de Galice : Antón de Noya et Rodrigo Nieto.

[8] Antonio Pigafetta n’évoque pas du tout ce passage. Ou en tout cas pas comme tel : un incendie ordonné par Magellan intervient plus tard, comme diversion. Il ne mentionne pas du tout la « course-poursuite » dans le village.
Ginés de Mafra précise que les attaquants qui sortent de la maison utilisent des alfanges (alfanjes) et des pierres. Difficile de savoir si les indigènes de Mactan sont réellement équipés de ces sabres (qu’ils se seraient procurés par le commerce ?) ou s’il donne ce nom à une arme locale équivalente.
Mafra, Libro que trata del descubrimiento del Estrecho de Magallanes (1542), p.201-202

[9] Ils sont 1 500 selon Pigafetta, 3 000 selon Maximilianus Transylvanus et Gonzalo Fernández de Oviedo y Valdés, 3 000 à 4 000 selon le pilote génois. Mafra ne donne aucun chiffre.

[10] Denucé, Magellan. La question des Moluques et la première circumnavigation du globe (1911), p.317 note 1 – citant l’historien français Paul Gaffarel, De Orbe Novo de Anghiera. Les Huit Décades traduites du latin avec notes et commentaires, p.496 note 1

[11] Dans la transcription de la Fundación Civiliter, Pigafetta emploie le mot « mosqueteros », soit « mousquetaires ». Mafra emploie lui le mot « arcabuceros », soit « arquebusiers ». Si bien qu’il est difficile de connaître  l’armement qu’ils ont effectivement utilisé.
Les deux armes sont contemporaines et s’utilisent plus ou moins de la même manière. Le mousquet, apparu en second, est plus lourd et moins maniable, mais d’un calibre supérieur capable de transpercer les armures. (Cf. Wikipédia : ArquebuseMousquet).
La relative inefficacité des armes à feu face aux boucliers indigènes laisse donc penser qu’ils utilisaient bien des arquebuses, comme le laissent entendre la plupart des récits (et « l’erreur » de Pigafetta serait à mettre sur le compte de sa méconnaissance des armes).

[12] Pigafetta, Primer viaje alrededor del Globo (Civiliter p.77 ; Charton p.312)

[13] Queirós Veloso, Revue d’histoire moderne : Fernao de Magalhaes, sa vie et son voyage (1939), p.503

[14] Prunet, Colloque Magellan du 2 mai 2012

[15] Denucé, Magellan. La question des Moluques et la première circumnavigation du globe (1911), p.317
Queirós Veloso, Revue d’histoire moderne : Fernao de Magalhaes, sa vie et son voyage (1939), p.502

[16] Pigafetta, Primer viaje alrededor del Globo (Civiliter p.77-78 ; Charton p.311-213)

[17] Mafra, Libro que trata del descubrimiento del Estrecho de Magallanes (1542), p.202
Sir Stanley of Alderley, The First Voyage Round the World – A Letter from Maximilianus Transylvanus (1874), p.199

[18] Pigafetta, Primer viaje alrededor del Globo (Civiliter p.78 ; Charton p.312)

[19] Il convient de noter que ces trois auteurs sont éloignés de plusieurs siècles des évènements, et ne citent pas leurs sources concernant la latéralité de ces deux blessures (blessures, par contre, confirmées par toutes les sources d’époque). L’information est donc à prendre avec les précautions d’usage.
De même, suivant les auteurs modernes, la nature de la blessure de 1513 serait, au choix, un coup ayant abîmé l’articulation, des tendons sectionnés, ou un nerf touché.
Queirós Veloso, Revue d’histoire moderne : Fernao de Magalhaes, sa vie et son voyage (1939), p.434
Zweig, Magellan (1938), p.63

[20] Pigafetta, Primer viaje alrededor del Globo (Civiliter p.78 ; Charton p.312)

Jean Denucé estime que cette fuite est un peu exagérée et vise à « faire ressortir sa vaillance aux derniers moments de Magellan ».
Denucé, Magellan. La question des Moluques et la première circumnavigation du globe (1911), p.318 note 1

[21] Vázquez Campos, Bernal Chacón & Mazón Serrano, Auto de las preguntas que se hicieron a dos Españoles que llegaran a la fortaleza de Malaca, venidos de Timor en compaña de Álvaro Juzarte, capitán de un junco, (Témoignage de Martin Ayamonte), p.6

[22] Pigafetta, Primer viaje alrededor del Globo (Civiliter p.80 ; Charton p.312-313)

L’historien philippin Jose Amiel Angeles rapporte qu’à cause de la distance, il est impossible pour Magellan de leur demander de cesser les tirs, et qu’ils vont ainsi épuiser toutes les munitions.
Via Wikipedia (EN) :
– Angeles, The Battle of Mactan and the Indigenous Discourse on War, in Philippine Studies vol. 55 (2007)

[23] Pigafetta, Primer viaje alrededor del Globo (Civiliter p.78-79 ; Charton p.312)

[24] C’est ce que raconte le survivant Nicolás de Nápoles.
En 1540 Jaime Barbosa intentera un procès à la couronne d’Espagne : gendre de Magalhães, il cherche à récupérer son héritage. Nicolás de Nápoles témoignera avoir vu le Portugais mourir. (Diego Gallego, autre survivant de l’expédition, témoignera également lors de ce procès).
Denucé, Magellan. La question des Moluques et la première circumnavigation du globe (1911), p.318 note 2
Queirós Veloso, Revue d’histoire moderne : Fernao de Magalhaes, sa vie et son voyage (1939), p.505 note 1

[25] Pigafetta, Primer viaje alrededor del Globo (Civiliter p.79 ; Charton p.312)

[26] Mafra, Libro que trata del descubrimiento del Estrecho de Magallanes (1542), p.202

[27] Le récit de Pigafetta, qui mentionne 15 ennemis tués, n’est (comme malheureusement souvent) pas clair sur ce sujet. Ces quinze morts peuvent tout aussi bien être le total des guerriers de Lapulapu tués lors de la bataille, que le nombre d’hommes fauchés par les tirs de bombarde effectués depuis les canots. Le bilan du côté de Mactan est donc sans doute plus élevé.
Pigafetta, Primer viaje alrededor del Globo (Civiliter p.80 ; Charton p.313)

[28] Il existe sur l’île de Cebu, une statue d’Antonio Pigafetta et une autre dédiée à Humabon.
Ces quatre monuments ont subi une réfection à l’occasion du Ve centenaire de l’expédition Magellan-Elcano.
Cf. notamment l’article du Cebu Daily News du 1er avril 2021.

[29] À noter que la mort du mousse Antón de Noya semble contredire le Cdt Olivier Prunet qui, dans son colloque de 2012, affirmait que les mousses ne combattaient pas. Cependant, il s’agit peut-être ici d’une exception, liée à des éléments inconnus (trop de marins malades par exemple), et son affirmation resterait globalement vraie.
Prunet, Colloque Magellan du 2 mai 2012

[30] Pigafetta dit 8 morts parmi les marins et 4 cebuanos, soit 12 ; ce qui est exact à ce moment-là (il manque Filiberto).
Mafra donne également le chiffre de 12 morts laissés derrière.
Le pilote génois indique 6 morts en plus de Magellan ; ce qui correspond bien à ceux décédés le jour-même (en omettant les Cebuanos).
Martín de Ayamonte parle lui de 20 morts dans son témoignage, ce qui est exagéré.

[31] Si à ces 26 blessés on ajoute les 8 morts (7 le jour même + Escobar dans les deux jours qui suivent), on obtient un total de 34 hommes, soit le nombre énoncé par Ginés de Mafra. Ce qui serait cohérent avec l’affirmation de Pigafetta sur le fait que tout le monde a été blessé (mais incohérent avec son propre chiffre de 49 hommes ayant débarqué).
Bernal, Interrogatorio tras la aventura (2014), p.11

[32] Il faut tout de même mettre de côté les récits portugais, qui ont volontairement cherché à le rabaisser dans la mesure où ils le considéraient comme un traître.

[33] Au titre de ces réflexions, celles de Laurent Peltier, auteur du site « Un journal du monde », sont assez intéressantes.

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