Séjour à Limasawa

 

Jeudi 28 mars 1521
Limasawa (Philippines)

Après avoir quitté Homonhon le lundi 25 mars 1521, la flotte a mis le cap vers l’ouest-sud-ouest et finit par arriver en vue de Leyte, dont elle commença à longer la côte. Mais une tempête les envoya vers le sud, dans le détroit de Surigao, et ils décidèrent dès lors de ne naviguer que de jour pour plus de sécurité. [1]

Dans la nuit du mercredi au jeudi, alors qu’ils se trouvent vers Panaon, au sud de Leyte, ils aperçoivent des feux provenant d’une île située plus à l’ouest.

 

Au matin, ils s’approchent de Limasawa et voient bientôt apparaître une embarcation avec huit hommes à bord. Henrique s’adresse à eux en malais avec succès. Cependant, les indigènes refusent de venir à bord et demeurent à distance respectable. Afin de les attirer, Magellan leur lance des objets attachés à une planche. Les autochtones s’en emparent avec une satisfaction évidente avant de repartir. [2]
Deux heures plus tard arrivent deux balangays chargés d’hommes. Le plus grand des deux est surmonté d’une sorte de dais sous lequel se trouve le roi local. Henrique converse avec le souverain et lui propose de monter à bord ; celui-ci ordonne à quelques accompagnateurs de monter sur la caraque mais demeure lui-même sur son embarcation. Magellan leur offre quelques présents avant qu’ils ne s’en retournent. Voyant cela, le roi veut donner à son tour un lingot d’or et une corbeille de gingembre, que le capitaine portugais refus. Le roi et sa suite s’en retournent alors.

En soirée, les trois navires européens mouillent près de la demeure royale. [3]

 

Ce jour, l’armada perd deux membres importants : Juan Rodríguez de Mafra, pilote chevronné, et Antonio de Coca, comptable de la flotte.

Carte - Philippines - Limasawa
Carte des Philippines avec l’île de Limasawa

 

 

Vendredi 29 mars 1521
Limasawa (Philippines)

Le lendemain, Fernão de Magalhães envoie à terre Henrique et Sancho de Heredia (le notaire de la Trinidad). Il veut à la fois assurer au souverain qu’il n’a aucune intention hostile à son égard et qu’il souhaite lui acheter toutes les vivres qu’il pourra lui fournir. [4]

 

Le raja Colambu, accompagné d’une petite dizaine de ses sujets, consent à embarquer dans la chaloupe des visiteurs pour se rendre à bord de la Trinidad. [5] Après une accolade, il offre à Magellan trois vases de porcelaine remplis de riz cru, deux grosses daurades et divers objets. Le capitán general lui donne en retour une veste et un bonnet ; à ses hommes, on remet des miroirs et des couteaux. Puis un repas est servi, au cours duquel  le capitaine portugais renouvelle ses vœux d’amitié. [6]

Magellan lui montre ensuite des draps et tissus, des objets, ainsi que du corail ou des couteaux. [7]
Un tour complet du navire permet au souverain de voir les armes à feu et les canons, que l’on fait tirer (à la grande épouvante des locaux).
On fait revêtir une armure complète à un homme, qui est ensuite attaqué par trois autres ; le souverain, étonné, fait dire qu’un soldat équipé de telle manière pourrait combattre cent hommes. Magellan ajoute qu’il y a sur ses navires deux cents hommes qui peuvent être équipés de cette façon. On ne sait pas ici si Magellan veut simplement impressionner son invité, ou bien lui montrer que sa puissance est bien supérieure à la sienne et qu’un éventuel conflit entre eux n’aurait qu’une issue possible. Ainsi peut-il s’assurer « l’amitié » de Colambu.
Pour finir, les visiteurs sont conduits au château arrière où leur sont montrées des cartes et des boussoles. On leur explique comment et par où les Européens sont arrivés. [8]
Le souverain demande alors à son hôte si deux de ses hommes peuvent le suivre à terre afin de leur montrer son royaume. On pourra ici aussi se demander pourquoi seulement deux, et pourquoi ne pas inviter directement Magellan ; peut-être Colambu craint-il de ne voir débarquer trop d’hommes en armes. [9]
Si Antonio Pigafetta est désigné, l’identité du second émissaire est inconnue.

Une chose est certaine : Henrique n’est pas avec eux car Pigafetta explique qu’ils doivent communiquer par gestes. Selon Ginés de Mafra, Henrique ne leur sera d’aucune utilité durant le séjour à Limasawa, qu’il passera à manger et s’enivrer avec les autochtones. [10]

À la cour du raja, Pigafetta passe surtout du temps à festoyer et apprendre du vocabulaire local. Son acolyte va lui surtout boire sans retenue et s’enivrer.

 

 

Samedi 30 mars 1521
Limasawa (Philippines)

Au matin, Colambu propose au Lombard et à son acolyte inconnu de prendre un déjeuner ; mais comme une chaloupe est venue les chercher, ils déclinent l’invitation.
Le frère du monarque, Siagu, désire venir avec eux, accompagné de trois de ses hommes. Magellan le reçoit et l’invite à manger avec eux.
Siagu se révèle être également roi de Caraga et de Butuan. [11] Son pays regorge d’or ; à tel point que des vases et du mobilier de maison sont ornés de ce métal précieux. Le raja paraît effectivement très riche, en témoignent ses anneaux d’oreilles en or, le manche de son épée du même métal, ses vêtements de soie ; même ses dents sont partiellement recouvertes d’or. [12] Il est également parfumé.
L’île de Limasawa semble, d’après son propos, être l’endroit où lui et Colambu se rendent lorsqu’ils ont besoin de se rencontrer. En effet, selon l’historien belge Jean Denucé, Colambu est roi de trois îles, dont Suluan et Limasawa.

 

 

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[1] Denucé, Magellan. La question des Moluques et la première circumnavigation du globe (1911), p.309
Queirós Veloso, Revue d’histoire moderne : Fernao de Magalhaes, sa vie et son voyage (1939), p.492

[2] Pigafetta, Primer viaje alrededor del Globo (Civiliter p.45-46 ; Charton p.298)

Selon l’historien portugais José Maria de Queirós Velos, les indigènes déclarent qu’ils vont prévenir le roi. Mais aucun document d’époque ne précise cela.
Queirós Veloso, Revue d’histoire moderne : Fernao de Magalhaes, sa vie et son voyage (1939), p.492

[3] Pigafetta, Primer viaje alrededor del Globo (Civiliter p.45-46 ; Charton p.298)

Le journal de Ginés de Mafra indique qu’il y a un bon port sur la côte ouest de l’île, ce qui doit correspondre aux actuels barangays de Cabulihan ou Triana.
Ginés de Mafra, Libro que trata del descubrimiento del Estrecho de Magallanes (1542), p.198

Via Wikipedia (EN) :
– Cameron, Magellan and the first circumnavigation of the world (1974), p.173

[4] Ginés de Mafra, Libro que trata del descubrimiento del Estrecho de Magallanes (1542), p.198

[5] Pigafetta dit « 6 ou 8 », ce qui n’est guère précis pour quelqu’un qui était présent.

[6] Pigafetta, Primer viaje alrededor del Globo (Civiliter p.46-47 ; Charton p.298)

[7] Comme le précise l’historien français Édouard Charton, certains documents écrivent « corali » et d’autres « coltelli » (le récit original de Pigafetta est rédigé en italien). Si les deux sont possibles, car le corail pouvait parfois servir de monnaie d’échange, on peut néanmoins se demander comment et où Magellan se le serait procuré. La  version du récit proposée par la Fundación Civiliter indique « cuchillos » (couteaux).

[8] Pigafetta, Primer viaje alrededor del Globo (Civiliter p.47-48 ; Charton p.298-299)

[9] C’est Pigafetta qui dit que deux hommes sont conviés. Pour l’historien belge Jean Denucé, Colambu convie simplement des marins à venir voir son pays et Magellan autorise deux d’entre eux à aller à terre, ce qui serait plausible ; mais il n’indique pas sa source.
Denucé, Magellan. La question des Moluques et la première circumnavigation du globe (1911), p.310

[10] Ginés de Mafra, Libro que trata del descubrimiento del Estrecho de Magallanes (1542), p.198 : « Mas por entonces el interprete aprovechó poco por que con el deseo que el llevaba y con el buen aparejo que en la tierra y en los naturales della alió, se emborrachó con el vino que le dieron. »

[11] Des écrits chinois de l’époque présentent Siagu comme le dernier souverain de Butuan.
Via Wikipedia (EN) :
– Saran, Cultural and Civilisational Links between India and Southeast Asia (2018), p.97

Caraga (ou « Calagan » comme le dit Pigafetta) peut correspondre à l’actuelle région de Caraga ou à la ville de Caraga située dans le Davao.
Selon l’historien belge Jean Denucé, il s’agit du « district de Caraca » (sic), soit la première hypothèse, ce qui semble effectivement le plus probable dans la mesure où l’on y trouve la ville de Butuan, dont Siagu est le souverain.
Denucé, Magellan. La question des Moluques et la première circumnavigation du globe (1911), p.312.

[12] Pigafetta, Primer viaje alrededor del Globo (Civiliter p.50 ; Charton p.300) : « Sobre cada uno de sus dientes se veían tres pintas de oro, de manera que se hubiera dicho que tenía todos sus dientes ligados con este metal ».

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