Baptême des Cebuanos

 

Dimanche 14 avril 1521
Cebu (Philippines)

Une quarantaine de marins (dont deux vêtus d’une armure) débarquent des navires et se massent sur la place du village, où a été établi le cimetière chrétien ; un échafaud y a été dressé en vue du baptême chrétien d’Humabon. Les canons tonnent et effrayent une nouvelle fois les autochtones.
Magellan et Humabon s’installent sur des sièges en velours ; les chefs insulaires prennent eux place sur des coussins. [1]

En préambule à la cérémonie, le capitán general fait dire au souverain cebuano qu’une fois chrétien, il vaincra plus facilement ses ennemis. Humabon réplique que, même sans cela, il est heureux de devenir chrétien. Néanmoins, il glisse à Magellan qu’il aimerait bien se faire respecter de tous, ce qui n’est pas le cas actuellement, et que divers chefs refusent de lui obéir.
Sans plus attendre, le capitán general fait venir les chefs en question, et les informe que s’ils refusent de prêter obéissance à Humabon, ils seront tués et leurs biens confisqués. Les chefs promettent de reconnaître l’autorité de Humabon.
Magellan informe le raja qu’après être rentré en Espagne, il reviendra avec des forces importantes, qui assiéront son autorité de monarque suprême de ces îles ; récompense à laquelle il peut prétendre en tant que premier souverain à se convertir au christianisme.
Humabon renouvelle sa demande visant à laisser deux personnes pour instruire son peuple de la religion chrétienne. Cette fois-ci, Magellan accepte, à condition qu’on lui confie en échange de deux fils de chefs, qu’il emmènera s’instruire en Espagne pour qu’à leur tour ils instruisent leur peuple. [2]
(Pigafetta ne précise pas si la demande est finalement acceptée).

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Enterrements et ouverture de la boutique

 

Mercredi 10 avril 1521
Cebu (Philippines)

Dans la nuit de mardi à mercredi est décédé Martin Barrena, un sobresaliente originellement embarqué sur le Santiago. [1]

Antonio Pigafetta (accompagné de Henrique) se rend chez le raja Humabon pour lui demander l’autorisation de l’enterrer en un lieu convenable ; lieu qui serait consacré et où une croix serait plantée. Le souverain lui répond que puisque Magellan peut disposer de lui et son peuple, il peut tout aussi bien disposer de sa terre.

Il est décidé que le cimetière chrétien sera consacré sur la place principale de la ville. Le but est de donner à l’enterrement un caractère important, par l’intermédiaire d’une grande cérémonie organisée au vu de tous, de se faire apprécier de la population et les inciter à embrasser le christianisme. Ce qui semble fonctionner. [2]

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Négociation de la paix avec les Cebuanos

 

Lundi 8 avril 1521
Cebu (Philippines)

Leon de Ezpeleta et Henrique descendent à terre pour s’enquérir de la décision du raja Humabon.
Celui-ci se présente devant eux accompagné de chefs locaux : il a été convaincu par les mots de Magellan, n’exigera aucun impôt, et se rend même tributaire de l’empereur Charles Quint. Les émissaires exigent uniquement un commerce exclusif avec son île, ce que le souverain accepte. Et afin de sceller le lien d’amitié entre Magellan et lui, Humabon demande à ce que le capitán general lui fasse apporter du sang de son bras droit, et lui fera de même en retour. Il ajoute qu’avec tous les « capitaines amis » qui accostent dans son port, il échange des présents ; et qu’il laisse à Magellan le soin d’offrir ou de recevoir en premier. Les émissaires lui répondent que, puisqu’il tient cette coutume en si haute importance, il n’a qu’à commencer. [1]

 

Ici encore, on ne peut que spéculer sur ce qui a « convaincu » Humabon d’accepter les exigences de Magellan : l’a-t-il fait contraint et forcé, de peur de s’attirer les foudres de l’armada espagnole ? Ou bien a-t-il vu son intérêt à s’associer à si forte puissante, et ainsi asseoir son autorité sur la région ? Sans doute un peu des deux, comme la suite des évènements le montrera.
Il faut aussi noter que Colambu, le souverain de Limasawa, est descendu à terre le dimanche 7 pour convaincre Humabon des bonnes intentions des Européens ; et Pigafetta ne mentionne son retour que le mardi 9. Peut-être le Lombard s’est-il abstenu de détails au sujet d’un retour de Colambu à bord ; mais il est permis de penser qu’en tant que parent et/ou vassal d’Humabon, il a passé tout ce temps à la cour de Cebu, où les deux rajas ont pu longuement discuté de la suite à donner aux tractations.

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Arrivée à Cebu

 

Du jeudi 4 au samedi 6 avril 1521
Philippines

Après avoir quitté Limasawa le jeudi 4 avril 1521, la flotte est partie vers l’ouest en direction de Cebu. [1] Elle contourne l’île de Bohol assez largement pour éviter ses hauts-fonds, longeant plutôt Leyte [2] ; ils passent près de l’île de Canigao (Canigao Island) et marque un arrêt à « Gatigan », qui correspond à l’une des actuelles Cuatro Islands (Apid, Digyo, Mahaba et Himokilan). Ils y observent d’impressionnantes chauve-souris, « grosses comme des aigles », en capturent et en mangent une, lui trouvant un goût de poulet. [3]

Ils repartent vers l’ouest mais doivent de nouveau s’arrêter près des îles Camotes (Camotes Islands) ; la pirogue de Colambu, le souverain de Limasawa qui leur sert de guide, ne parvient pas à tenir l’allure des vaisseaux espagnols et demeure à la traîne. Lorsqu’il les rejoint, Magellan l’invite à monter à bord de la Trinidad avec des personnes de sa suite, et tous poursuivent la route jusqu’à Cebu. [4]
Antonio Pigafetta ajoute que Colambu semble charmé de monter à bord de la caraque, dont la manœuvrabilité l’impressionne.

 

Carte - Philippines - Cebu
Carte des Philippines, avec Cebu et les différentes îles croisées durant le trajet

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Récolte et départ de Limasawa

 

Lundi 1er avril 1521
Limasawa (Philippines)

Au matin, alors que l’armada s’apprête à lever l’ancre, le raja Colambu informe Magellan qu’il est disposé à servir lui-même de pilote jusqu’à Cebu. Cependant, le souverain se doit de demeurer en son pays quelques jours afin d’assurer les récoltes ; il invite d’ailleurs Magellan à lui fournir des hommes afin d’accélérer le processus.
Le capitán general accède à sa demande et envoie des hommes.
Mais il s’avère que Colambu et Siagu ont tellement festoyé qu’ils sont incapables de donner quelque ordre que ce soit, « soit que leur santé en eût été altérée, soit par suite d’ivresse » (dixit Pigafetta), et les Européens se trouvent désœuvrés pour la journée. [1]

Les récoltes (notamment du riz), vont au final se dérouler sur les deux jours suivants. [2]

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Première messe chrétienne aux Philippines

 

Vendredi 29 mars 1521
Limasawa (Philippines)

En ce vendredi de la croix, Magellan et Colambu, raja de Limasawa, décident de fraterniser en mélangeant leurs sangs. Tous deux se saignent de la poitrine, le récupère dans une coupe, y mêlent du vin, et en boivent chacun la moitié. [1]

Selon certaines sources, c’est le Portugais qui aurait initié la cérémonie. Il aurait en effet entendu parler de cette coutume répandue en Asie du sud-est, et connue sous le nom de casi casi, et aurait ainsi souhaité sympathiser avec les locaux en partageant leurs us. [2]

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Séjour à Limasawa

 

Jeudi 28 mars 1521
Limasawa (Philippines)

Après avoir quitté Homonhon le lundi 25 mars 1521, la flotte a mis le cap vers l’ouest-sud-ouest et finit par arriver en vue de Leyte, dont elle commença à longer la côte. Mais une tempête les envoya vers le sud, dans le détroit de Surigao, et ils décidèrent dès lors de ne naviguer que de jour pour plus de sécurité. [1]

Dans la nuit du mercredi au jeudi, alors qu’ils se trouvent vers Panaon, au sud de Leyte, ils aperçoivent des feux provenant d’une île située plus à l’ouest.

 

Au matin, ils s’approchent de Limasawa et voient bientôt apparaître une embarcation avec huit hommes à bord. Henrique s’adresse à eux en malais avec succès. Cependant, les indigènes refusent de venir à bord et demeurent à distance respectable. Afin de les attirer, Magellan leur lance des objets attachés à une planche. Les autochtones s’en emparent avec une satisfaction évidente avant de repartir. [2]
Deux heures plus tard arrivent deux balangays chargés d’hommes. Le plus grand des deux est surmonté d’une sorte de dais sous lequel se trouve le roi local. Henrique converse avec le souverain et lui propose de monter à bord ; celui-ci ordonne à quelques accompagnateurs de monter sur la caraque mais demeure lui-même sur son embarcation. Magellan leur offre quelques présents avant qu’ils ne s’en retournent. Voyant cela, le roi veut donner à son tour un lingot d’or et une corbeille de gingembre, que le capitaine portugais refus. Le roi et sa suite s’en retournent alors.

En soirée, les trois navires européens mouillent près de la demeure royale. [3]

 

Ce jour, l’armada perd deux membres importants : Juan Rodríguez de Mafra, pilote chevronné, et Antonio de Coca, comptable de la flotte.

Carte - Philippines - Limasawa
Carte des Philippines avec l’île de Limasawa

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Départ d’Homonhon

 

Lundi 25 mars 1521
Homonhon (Philippines)

Après avoir passé un peu plus d’une semaine à Homonhon, Magellan décide de reprendre la mer. [1]

Le chroniqueur lombard Antonio Pigafetta raconte une mésaventure survenue au moment du départ.
Alors que l’on mettait les voiles, il se mit en tête de pêcher. Mais il glissa et tomba par-dessus  bord. Fort heureusement pour lui, un cordage pendait dans l’eau et il put s’en saisir. Il se mit alors à crier pour appeler à l’aide jusqu’à ce qu’on vienne le secourir avec l’annexe. [2]

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Rencontre avec les Philippins

 

Lundi 18 mars 1521
Homonhon (Philippines)

En soirée, les marins voient arriver une embarcation avec à son bord un petit groupe de neuf autochtones. [1]

Bien que méfiant, Magellan ordonne à ses hommes de ne rien tenter et de ne pas s’adresser à eux sans son autorisation. Assisté de son esclave et interprète Henrique, il accueille celui qui semble être le chef des indigènes (et aussi le plus vieux). Malheureusement, Henrique ne comprend pas la langue locale.
Celui-ci, que le Portugais a acheté à Malacca mais qui venait certainement d’Indonésie, parle le malais, la lingua franca du sud-est asiatique (soit la langue du commerce et des échanges). [2]

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Les Philippines et la question du Traité de Tordesillas

 

Dimanche 17 mars 1521
Homonhon (Philippines)

Au matin, deux tentes sont dressées pour y installer les malades (la plupart souffrent sans doute du scorbut, mais aucune précision n’est faite à ce sujet). Une truie, capturée sur l’île des Larrons, est tuée pour fournir de la viande fraîche. Une source fournit une excellente eau potable. [1]

Globalement, les équipages se reposent après l’enfer de la traversée du Pacifique. Ils n’ont pas de contact avec les locaux et ne cherchent semble-t-il pas à en avoir dans l’immédiat (peut-être par peur d’une mauvaise rencontre).

Antonio Pigafetta nomme l’endroit « Aiguade des bons signes » (Aguada de los Buenos Indicios, ou Aiguada degli Buoni Segnali) ; pour Ginés de Mafra, il s’agit simplement de « La Aguada ». [2]

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