Départ d’Homonhon

 

Lundi 25 mars 1521
Homonhon (Philippines)

Après avoir passé un peu plus d’une semaine à Homonhon, Magellan décide de reprendre la mer. [1]

Le chroniqueur lombard Antonio Pigafetta raconte une mésaventure survenue au moment du départ.
Alors que l’on mettait les voiles, il se mit en tête de pêcher. Mais il glissa et tomba par-dessus  bord. Fort heureusement pour lui, un cordage pendait dans l’eau et il put s’en saisir. Il se mit alors à crier pour appeler à l’aide jusqu’à ce qu’on vienne le secourir avec l’annexe. [2]

 

Cette anecdote, qui pourrait prêter à sourire, vient néanmoins rappeler que la navigation reste une activité dangereuse.
Les erreurs ne pardonnent pas et tout homme qui tombe à l’eau est en danger de mort immédiat. Si cette écoute n’avait traîné dans l’eau par hasard, les navires auraient poursuivi leur route, laissant le jeune homme derrière eux à s’égosiller. On ignore à quelle distance du rivage il se trouvait et s’il aurait pu le gagner à la nage. Espérer être sauvé par une embarcation indigène qui passait par là ou qui l’aurait aperçu n’est pas réaliste. Quand bien même l’équipage se serait rendu compte de sa chute, le temps de freiner la caraque et de mettre à l’eau une chaloupe, de longues minutes se seraient écoulées pendant lesquelles il aurait dû surnager (et l’on ne connaît pas l’état de la mer à ce moment précis, même si la température de l’eau aux Philippines oscille entre 27 et 30°C toute l’année).

La conclusion la plus probable à cet incident aurait été la noyade.
Et il n’aurait pas été le premier puisque trois marins déjà ont péri de cette manière : Guilherme Afonso Vaz (25/01/1520), Antonio Baresa (27/04/1520) et Roger Dupier (02/06/1520).

Ceci en admettant qu’il sache nager, ce qui n’est pas du tout évident. Pigafetta n’était certes pas un homme de la mer, mais cela ne change rien : jusqu’au XIXe siècle, l’immense majorité des marins ne savaient pas nager. Pour la France, il faudra attendre la création du collège d’Angoulême (ancêtre de l’École navale) en 1816 pour que soient institués des cours de natation, afin que disparaisse « cette anomalie fâcheuse et singulière qu’on avait remarquée jusque-là, de jeunes gens destinés à vivre sur l’eau et qui ne savaient pas nager » (François-Casimir, baron de Bonnefoux, Nouvelles Annales de la marine et des Colonies (1850), T. III, p.164 et suivantes). [3]

Antonio Pigafetta est d’ailleurs bien conscient que c’est avant tout la « chance » qui l’a sauvé : « ce qu’il ne faut pas attribuer à mon propre mérite, mais à la protection miséricordieuse de la très-sainte Vierge ». [4]

Ainsi, l’expédition est passé toute proche de perdre son chroniqueur, et l’humanité de perdre le récit le plus complet sur la première circumnavigation.

 

 

Rencontre avec les Philippins   |   Séjour à Limasawa  >

<  Retour au Journal de Bord

________

[1] Si Antonio Pigafetta précise bien qu’il s’agit du lundi 25 mars, l’auteur anglais Ian Cameron (de son vrai nom Donald Gordon Payne) indique le 27 mars. Sans que l’on ne sache d’où il tient cela, cette date ne correspond pas non plus avec les dires du chroniqueur lombard, qui parle de huit jours sur place.
Pigafetta, Primer viaje alrededor del Globo (Civiliter p.44-45 ; Charton p.297) : «Pasamos ocho días en esta isla », « El lunes santo, 25 de marzo, me encontré en el mayor peligro. Nos hallábamos a punto de partir »  & « En  el  mismo   día   partimos ».
Via Wikipedia (EN) :
– Cameron, Magellan and the first circumnavigation of the world (1974), p.173

[2] Cette histoire comporte un élément étrange : pour se mettre à son aise, il aurait mis le pied sur une vergue mouillée par la pluie (puse el pie sobre una verga humedecida por la lluvia), d’où il serait tombé. Or une vergue est la pièce de bois qui supporte la voile, et qui est par conséquent fixé au mât, en hauteur. Que serait donc allé faire là le Lombard ?
À moins que le terme « verga » ne désigne pour lui autre chose, comme une baguette de bois se trouvant sur le pont ou le bastingage, et sur laquelle il aurait effectivement glissé.

[3] Source : Trois Ponts ! (blog)

[4] Pigafetta, Primer viaje alrededor del Globo (Civiliter p.45 ; Charton p.297). Traduction de Édouard Charton.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s