Séjour aux Moluques (5) : visite du sultan de Jailolo

 

Vendredi 15 novembre 1521
Tidore, Moluques du Nord (Indonésie)

Le sultan Al-Manzor de Tidore annonce aux Espagnols qu’il va se rendre à Bacan pour y récupérer les clous de girofle laissés par les Portugais. [1] Il demande également des cadeaux pour les dirigeants de Moti, qu’il compte offrir au nom du roi d’Espagne. [2]]
Avant de quitter le bord, Al-Manzor demande comment les Occidentaux se servent de leurs armes de jets (fusils et arbalètes). Il s’exerce même à l’arbalète, tirant trois coups ; mais, pour une raison inconnue, il refuse de toucher aux fusils. [3]

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Séjour aux Moluques (4) : visite de Lourosa

 

Mardi 12 novembre 1521
Tidore, Moluques du Nord (Indonésie)

Le sultan Al-Manzor décide de faire construire un hangar afin d’y entreposer les marchandises de ses visiteurs. L’édification se déroule dans la journée et les Espagnols peuvent y apporter ce qui leur servira à payer les clous de girofles. Et même si le sultan leur a garanti depuis leur arrivée qu’ils étaient ici chez eux et que ceux qui essayeraient de les voler seraient tués, ils placent tout de même trois hommes de garde. [1]

La majorité des objets provient des jonques que l’armada a arraisonnées durant son séjour aux Philippines.
Le prix de chaque article est alors fixé par rapport à 1 bahar de clous de girofles, le bahar étant une unité de mesure fixée par les Portugais pour leurs échanges avec les indigènes. [2] Antonio Pigafetta dresse une longue liste des échanges possibles, mentionnant par exemple que contre un bahar de clous de girofle, un indigène peut repartir avec cinquante paires de ciseaux, ou quarante bonnets ou trente-cinq tasses de verre.
Ils ne peuvent cependant tirer profit de leur meilleur article, le miroir : la plupart se sont brisés en route, et les quelques restants ont tous été accaparés par le sultan. De plus, les Européens sont pressés de repartir et, selon Pigafetta, ils auraient pu faire un bien meilleur commerce s’ils étaient restés plus longtemps. [3]

En parallèle, des autochtones viennent régulièrement en barques leur apporter des vivres, qui sont échangées contre des babioles. [4]

Antonio Pigafetta note également un autre mensonge véhiculé par les Portugais au sujet des Moluques : le fait qu’il n’y ait pas d’eau douce dans ces îles. En plus des soi-disant difficiles conditions de navigation, cela visait à dissuader d’éventuels explorateurs de se rendre là-bas, et ainsi s’arroger l’exclusivité du commerce des clous de girofles.

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Séjour aux Moluques (3) : Visite du fils du sultan de Ternate

 

Lundi 11 novembre 1521
Tidore, Moluques du Nord (Indonésie)

Ce jour arrivent à Tidore deux pirogues. À bord se trouve le fils du sultan de Ternate.
L’identité de ce fils est inconnue. Antonio Pigafetta déclare qu’il s’agit « (d’)un des fils du roi de Tarenate (sic) nommé plus haut » (uno de los hijos del rey de Tarenate a quien acabamos de nombrar), soit Bayan Sirrullah (également connu sous le nom d’Abu Lais), qui est pourtant déjà décédé à ce moment-là et n’est donc plus le sultan de Ternate. [1] L’auteur lombard nomme le fils « Chechilideroix », mais cela ne correspond au nom d’aucun des enfants de Bayan Sirrullah, même déformé. On ignore donc duquel il s’agissait. [2]

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Séjour aux Moluques (2) : ce qu’il était advenu de Francisco Serrão

 

Dimanche 10 novembre 1521
Tidore, Moluques du Nord (Indonésie)

Lors d’un nouvel entretien avec Al-Manzor, ce dernier s’avère curieux des soldes et rations que Carlos Ier octroie à ses marins. Il leur demande également qu’on lui fasse don d’un sceau royal et d’un pavillon : s’il se considère comme vassal du roi d’Espagne, il compte également soumettre Ternate, l’île voisine, pour y placer son petit-fils Calanogapi [1] en tant que souverain. Il demande aussi à ce que certains des Espagnols demeure à Tidore, arguant qu’ils étaient plus chers à son cœur que les marchandises, et qu’ils n’auraient de cesse de lui rappeler la Castille. [2]
Il s’agit ici bien évidemment d’une manœuvre politique déguisée : Al-Manzor veut profiter de la présence occidentale pour vaincre son voisin et ennemi, mais également sans doute se protéger d’une future attaque en conservant près de lui des citoyens castillans (et s’assurer par là-même du soutien effectif de Carlos Ier).

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Séjour aux Moluques (1) : Rencontre avec le souverain de Tidore

 

Samedi 9 novembre 1521
Tidore, Moluques du Nord (Indonésie)

Le lendemain de l’arrivée des navires Européens, le sultan Al-Manzor [1] se présente dans une pirogue et les explorateurs descendent des chaloupes pour aller à sa rencontre. Il les invite à bord où il leur raconte qu’il a rêvé de la venue de navires depuis un pays lointain. [2]

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Arrivée aux Moluques

 

Fin octobre / Début novembre 1521
Mer de Célèbes

Guidée par les pilotes indigènes de Sarangani, [1] l’armada prend un cap S ¼ SE [2] à travers la Mer de Célèbes en direction des îles Sangihe (Indonésie).

Vers minuit, dans la nuit du lundi 28 au mardi 29 octobre 1521, ils aperçoivent les premières îles, et arrivent aux abords de Sangir (Pulau Sangihe) au soir du 29, alors que la nuit est déjà tombée. [3]
À la faveur de l’obscurité et d’un calme plat, des indigènes (dont le frère du roi de Maguindanao, capturé sur le bigniday dans les environs de Cotabato) se jettent à l’eau et tentent de gagner l’île à la nage. Selon le Pilote génois (Leone Pancaldo ou Giovanni Battista da Ponzoroni), le vieux pilote embarqué à Sarangani fait partie du contingent. [4]
Antonio Pigafetta précise « les prisonniers » (los prisioneros), sous-entendu « tous les prisonniers », et que l’un d’eux trouve la mort dans l’opération. [5] Les personnes susnommées ne sont pas clairement identifiées (qui sont le père et le fils ?). L’historien belge Denucé écrit qu’il s’agit du frère du roi, qui avait attaché son fils sur son dos. [6] Pour l’historien espagnol Eustaquio Fernández de Navarrete, les trois pilotes pris à Sarangani s’enfuient, malgré leurs chaînes, et sur les trois, seul le fils se noie (sous-entendu : « le fils de l’un des deux autres ») [7]
De plus, Pigafetta n’explique pas comment il a eu connaissance de la mort du garçon. Peut-être ont-ils au matin découvert le corps flottant du fils ?

Se pose aussi la question du pilote qui les emmènera aux Moluques. D’après le Pilote génois, si le vieux pilote s’est enfui, il en reste théoriquement deux sur les trois de Sarangani ; pourtant, il parle d’un « autre pilote maure » qui leur indique la direction des Moluques. De plus, chez Navarrete, les trois pilotes de Sarangani s’enfuient (mais on ignore d’où il tient cette information) ; désormais démunis, les explorateurs ne savent où aller, et c’est là aussi un autre prisonnier maure qui les guide. Pour Denucé, il s’agit d’un homme capturé sur la jonque du prince de Luzon, à Brunei.  [8]

Le vent reprend plus tard, assez fort, de face, et les oblige à tirer des bords durant toute une nuit. [9]

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