Traversée des Petites îles de la Sonde

 

* Victoria *
Fin décembre 1521 – Début janvier 1522
Moluques (Indonésie)

Après avoir passé la nuit près de Sanana, la Victoria repart vers le sud et contourne l’île de Buru par l’ouest.
Le vendredi 27 décembre 1521, le navire se trouve sur la côte sud de l’île. [1]
Il semble que les marins y aient accosté pour avitailler de toutes sortes de provisions (entre autres cochons, chèvres, poulets, cannes-à-sucre, noix de coco ou sagou). [2]

Ils poursuivent ensuite vers l’est, passant près d’Ambelau le 28, pour atteindre Ambon le dimanche 29. Cette île a la particularité d’être habitée à la fois par des Maures et des « gentils ». Les premiers occupent la côte, et ont repoussé les peuples autochtones anthropophages dans les terres. [3]

 

De là, la Victoria part WSW à travers la mer de Banda.
Si Pedro Afonso de Lourosa a parlé en termes élogieux des îles Banda, Juan Sebastián Elcano choisit de ne pas s’y rendre. En premier lieu parce qu’elles se trouvent trop à l’écart de leur route, et les forceraient à un important détour. Ensuite parce que les Portugais sont à leur recherche et plus ils passeront de temps dans la région, plus ils seront à leur merci. Enfin, leur navire est en mauvais état, et tout écart augmenterait leurs chances de faire naufrage. [4]

Indonesie - Banda - volcan Api depuis Pisang (2016)
Vue du volcan Api, depuis Pulau Banda Pisang (Indonésie) ©WiDi, 2016 (CC BY-SA 4.0)

 

Ils aperçoivent les Petites îles de la Sonde le mercredi 8 janvier 1522, semble-t-il au niveau de la partie orientale de Florès (Pulau Flores).
Leur itinéraire les amène à passer entre Lembata (à l’est) et Adonara puis Solor (à l’ouest). Le passage est rendu difficile par une terrible tempête, qui leur fait craindre pour leur vie. [5]
La Victoria profite alors d’un vent arrière pour filer vers l’est et atteindre la dernière, nommée « Mallua », qu’elle peine à toucher en raison des courants et des rafales qui dévalent les flancs de la montagne. [6] L’identification de cette dernière est incertaine, mais il est probable qu’il s’agisse d’Alor. [7]

Ni Antonio Pigafetta, ni Francisco Albo ne donnent de date d’arrivée, mais le Lombard mentionne 15 jours d’escale. Le départ pour Timor s’effectuant le samedi 25 janvier, cela place approximativement l’arrivée à Alor le vendredi 10 janvier. [8]

Les marins vont séjourner deux semaines dans l’île, afin de réparer leur navire. [9]

Indonesie - Petites iles Sonde - Adonara (2014)
Adonara, Petites îles de la Sonde (Indonésie) ©Johanes Randy Prakoso, 2014 (CC BY-NC-ND 2.0)

 

Carte - Indonesie - Petites iles Sonde Banda
Carte de l’Indonésie avec la mer de Banda, les îles Banda et les Petites îles de la Sonde

 

 

Départ de la Victoria   |   Escale à Timor  >

 

<  Retour au Journal de Bord

 

________

[1] Francisco Albo mentionne une île « Tenado » entre Sanana et Buru, île qui n’existe pas. Jean Denucé estime qu’il doit s’agir de la partie sud de Sanana.
Bernal, Derrotero de Francisco Albo (2015), p.19
Denucé, Magellan. La question des Moluques et la première circumnavigation du globe (1911), p.350

[2] Pigafetta, Primer viaje alrededor del Globo (Civiliter p.132 ; Charton p.341)

[3] Francisco Albo parle de « Bidia », qui semble correspondre à Ambelau.
Pigafetta, Primer viaje alrededor del Globo (Civiliter p.133 ; Charton p.341)
Bernal, Derrotero de Francisco Albo (2015), p.19

[4] Pigafetta, Primer viaje alrededor del Globo (Civiliter p.133 ; Charton p.341)

L’historien belge Jean Denucé, se basant sur les dires du chroniqueur portugais Fernão Lopes de Castanheda, raconte que Lourosa les auraient mis en garde contre la présence d’un certain Pero de Farna ou Francisco Faria, chargé de construire une forteresse à Banda. Cependant, il semble que la construction dudit fort ait débuté bien plus tard (vers 1529).
Denucé, Magellan. La question des Moluques et la première circumnavigation du globe (1911), p.351 ; citant Castanheda, Historia do descobrimiento e conquista da India pelos Portugiuezes (1551), Decada III, Livro V, Capitulo X.

[5] Albo nomme les deux îles principales « Lamatuco » et « Aligura » ; les deux plus petites ne sont pas nommées, mais il précise qu’ils les laissent sur leur droite (à l’ouest puisqu’ils vont vers le sud), ce qui confirme qu’il s’agit bien d’Adonara et Solor.
Bernal, Derrotero de Francisco Albo (2015), p.19

[6] Pigafetta, Primer viaje alrededor del Globo (Civiliter p.133 ; Charton p.342)
Bernal, Derrotero de Francisco Albo (2015), p.19

[7] Alor n’est pas à proprement parlé la dernière des Petites îles de la Sonde, puisqu’on trouve plus à l’est différentes îles dont la grande Wetar. Alor et Wetar sont séparées d’environ une centaine de kilomètres (54 NM), tandis que les autres îles sont très proches les unes des autres ; ne voyant plus de terre vers l’est, les marins ont pu croire qu’ils se trouvaient effectivement dans la dernière île du groupe. De plus, Albo indique une position à « 8° 1/3 » (8,33°S), ce qui correspond exactement à la pointe sud-est d’Alor (tandis que Wetar se trouve a minima par 8°S) ; cependant, les relevés du marin grec sont parfois approximatifs, et ne constituent pas des preuves certaines. Enfin,  Pigafetta parle d’un relief élevé, et Alor est en effet très montagneuse, la seule zone plane se trouvant à Kalabahi, où est établie la seule ville de l’île, fondée par les Néerlandais en 1911 ; là encore, Wetar est également une île montagneuse (formée par l’élévation de la croûte océanique), mais entourée de récifs coralliens, que Pigafetta aurait sans doute décrit s’il les avait vus. Enfin, la description des indigènes par ce même Pigafetta rappelle celle des guerriers de l’île, notamment au niveau de la coiffure (cf. Wikipedia (EN) : Alor warriors, circa late 1890’s-early 1900’s.). Il est cependant impossible de trancher de manière définitive.
L’Espagnol Tomás Mazón Serrano place l’escale à Pulau Wetar. (À noter que Wetar n’appartient pas administrativement aux actuelles Petites îles de la Sonde, mais aux Moluques).
Mazón Serrano, La Primera Vuelta al Mundo – Versiones del Mapa : Carte interactive GoogleMaps

[8] Tomás Mazón Serrano indique le jeudi 9 janvier.
Mazón Serrano, La Primera Vuelta al Mundo – Versiones del Mapa : Carte interactive GoogleMaps

[9] Pigafetta, Primer viaje alrededor del Globo (Civiliter p.134 ; Charton p.343)
Denucé, Magellan. La question des Moluques et la première circumnavigation du globe (1911), p.351

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s