Découverte du détroit

 

Dimanche 21 octobre 1520
Pointe Dungeness (Argentine–Chili)

Les trois jours qui suivent le départ de Santa Cruz sont marqués par une navigation difficile, notamment par des vents contraires qui obligent l’armada à louvoyer. [1] Elle va ainsi parcourir une distance beaucoup plus importante que les 250 km qui séparent Santa Cruz du Cap des Vierges (les sources varient trop pour avoir une indication fiable [2] ).
La flotte arrive à une bande de terre qui marque l’embouchure d’une sorte de canal qui s’enfonce dans les terres. Cette pointe de sable (punta de arena), située à 52°S, est nommée Cabo Vírgenes en l’honneur de Sainte Ursule, fêtée en ce jour. [3]
Selon les relevés de Francisco Albo, l’embouchure mesure 5 lieues de large (~ 30 km) entre les deux rives. [4]
Sur les cartes actuelles, le Cap des Vierges constitue une avancée de terre dans l’océan Atlantique, tandis que la Pointe Dungeness (Punta Dúngeness), située moins de 10 km au sud-ouest, marque réellement l’entrée du détroit. Un phare y a été installé en 1899, côté chilien.

 

Argentine-Chili - Pointe Dungeness - vue aérienne 2009
Vue aérienne de la Pointe Dungeness, avec l’Océan Atlantique à gauche et le Détroit de Magellan à droite ©Max Reichenbauer, 2009 (CC BY 4.0)

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Départ du Río Santa Cruz

 

Jeudi 18 octobre 1520
Río Santa Cruz (Argentine)

Après environ deux mois dans l’embouchure du río Santa Cruz, Magellan décide qu’il est temps de remettre les voiles en direction du sud. Durant cet hivernage, la flotte a avitaillé en eau et en nourriture (notamment du poisson et de la viande d’otarie [1] ), ainsi qu’en bois. [2]

Avant de partir, et sans doute afin de s’attirer les meilleurs auspices, le capitán general demande à tout l’équipage de se confesser une nouvelle fois.

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Suite de l’hivernage dans le río Santa Cruz

 

Vendredi 24 août 1520
Puerto San Julián (Argentine)

À la faveur d’une accalmie, Magellan décide de déplacer la flotte jusqu’à l’embouchure du Río Santa Cruz, située plus au sud.
Le Santiago l’avait reconnue début mai, avant de faire naufrage. João Serrão avait par la suite informé son capitán general que l’endroit était plus abrité que San Julián, et constituerait un meilleur endroit pour hiverner. Cependant, les conditions météorologiques le long de la côte patagone repoussèrent ce projet de plusieurs mois.

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Sauvetage des marins du Santiago

 

Début juin 1520
Puerto San Julián (Argentine)

Après un périple de plus d’une dizaine de jours à travers la pampa argentine, les deux marins du Santiago parviennent à San Julián.
Ils sont aperçus un matin par leurs camarades qui peinent à les reconnaître : les deux hommes sont épuisés et amaigris, leurs vêtements en lambeaux à cause des buissons épineux qui parsemaient leur parcours.

On ignore à quelle date précise ils arrivent car on ne sait pas à quel moment exact ils ont quitté Santa Cruz. En admettant qu’ils soient effectivement partis le jour du naufrage (22 mai), et qu’ils aient marché durant 11 à 14 jours, ils seraient arrivés à San Julián entre le 2 et le 5 juin 1520.

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Naufrage du Santiago

 

Dimanche 20 mai 1520
Puerto Santa Cruz (Argentine)

Le 20 mai, après une escale d’environ semaine dans l’estuaire du Río Santa Cruz, le Santiago se remet en route vers le sud. Le temps est mauvais.

 

 

Lundi 21 mai 1520
Quelque part non loin au sud de Puerto Santa Cruz (Argentine)

Le lendemain, une violente tempête se déclenche. Le Santiago est malmené par des vents violents et peine à progresser.

Carte Argentine - Rio Santa Cruz & Naufrage Santiago
Car de l’Argentine avec le lieu du naufrage du Santiago

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Exploration du Río Santa Cruz

 

Début Mai 1520
Puerto Santa Cruz (Argentine)

Environ un mois après la mutinerie de Pâques, Magellan décide de profiter d’une accalmie des tempêtes qui balayent la région pour envoyer João Serrão et le Santiago en reconnaissance. Il est convaincu que le passage tant espéré vers l’ouest ne se trouve plus très loin au sud.
Comme le reste de la flotte, le Santiago a été réparé durant le mois d’avril. [1] Il s’agit du plus petit des cinq navires ; agile et rapide, cette caravelle a été intégrée à l’armada justement dans le but d’effectuer ce type de mission.

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La mutinerie de Pâques : L’Enquête

 

Jeudi 19 avril 1520
Puerto San Julián (Argentine)

Le 15 avril 1520, après la messe dominicale, Álvaro de Mezquita demande à Fernão de Magalhães d’instruire une enquête concernant la mutinerie. Ce dernier l’ordonne deux jours plus tard, le mardi 17 avril 1520, mais elle ne débute réellement que le 19 avril. [1]

L’enquête est diligentée par trois hommes :
Martín Méndez, notaire de la Victoria
Sancho de Heredia, notaire de la Concepción
Gonzalo Gómez de Espinosa, alguazil (prévôt) de la flotte, Trinidad

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La mutinerie de Pâques : procès et sanctions

 

Samedi 7 avril 1520
Puerto San Julián (Argentine)

À l’issue d’un procès de cinq jours mené par Álvaro de Mezquita (cousin de Magellan), mais qui laisse peu de place à la défense, le verdict tombe :
Gaspar de Quesada, reconnu coupable de trahison et d’agression sur Juan de Elorriaga (maître de bord du San Antonio), sera exécuté.
Juan de Cartagena (veedor), reconnu coupable d’insubordination, est condamné à l’exil. [1]
– La quarantaine d’autres mutins échappe à la peine de mort et est condamnée aux travaux forcés durant l’hivernage. [2]

 

Le sort qui attend Quesada est terrible : il doit être décapité, puis démembré, et ses restes exposés sur un gibet (comme l’avait été Luis de Mendoza). Cependant, personne parmi les équipages n’est volontaire pour servir de bourreau. Il faut dire que Quesada est l’ancien domestique de l’archevêque de Séville, et qu’il doit sa place de capitaine au sein de la flotte à l’intercession de l’archevêque Juan Rodríguez de Fonseca, personnage haut placé à la Casa de Contratación et oncle de Juan de Cartagena.
Magellan se tourne alors vers Luis del Molino, le serviteur de Quesada, et lui propose une grâce à condition qu’il exécute la sentence. Il semble en effet qu’il ait lui-même été promis à la hart, une forme de supplice par pendaison, [3] pour avoir participé à l’agression de Juan de Elorriaga. [4] Luis del Molino accepte le marché.
Sur la plage de San Julián, la tête de Gaspar de Quesada est tranchée sur un billot, avant que son corps ne soit écartelé (probablement avec l’aide de chevaux) tandis qu’on proclame un ban pour sa traîtrise. [5] Ses membres rejoignent ceux de Luis de Mendoza sur le gibet, en guise d’avertissement. [6]

Le 2 juillet 1578, Francis Drake, lors de la deuxième circumnavigation de l’histoire, procédera lui aussi à l’exécution d’un des capitaines de l’expédition, Thomas Doughty, dans cette même baie de San Julián. [7] Selon Stefan Zweig, Drake lui aurait laissé le choix de mourir par le glaive comme Quesada, ou d’être abandonné comme Cartagena ; Doughty, qui connaissait l’histoire, choisira la première solution.

 

Cartagena, bien que chef de file de la fronde contre Magalhães, ne peut subir un tel sort. Le Portugais sait bien qu’exécuter un membre de la famille de l’archevêque Fonseca, même auteur d’une mutinerie, passerait mal à la cour d’Espagne. Mais il ne peut l’absoudre de ses crimes, et encore moins continuer le voyage avec un homme qui fera tout pour le renverser.
Il est donc décidé que le veedor sera abandonné sur la côte patagonne. Pour une raison qui n’est pas précisée, cela attendra le départ de l’armada, en août 1520.

 

Tous les autres mutins seront finalement graciés.
Magellan ne fait pas ici preuve de miséricorde mais de pragmatisme. Sans ces dizaines de marins, dont certains expérimentés comme Juan Sebastián Elcano, il lui sera impossible de manœuvrer une flotte de cinq navires. C’est donc l’expédition elle-même qui est en jeu. Reste juste à espérer que ceux-ci auront retenu la leçon et n’organiseront pas une nouvelle révolte.

Concernant Luis del Molino, une question demeure : dans la mesure où les autres mutins seront graciés, est-il possible que celui-ci l’aurait été finalement lui aussi, même s’il n’avait pas procédé à l’exécution de Quesada ?

 

Il a été mentionné par divers auteurs des anecdotes supplémentaires.
Comme le fait que d’autres mutins auraient été exécutés, par écartèlement ou empalement. Mais aucun n’est listé nulle part comme décédé à cette période. [source ?]
Que Andrés de San Martín, le pilote en chef de l’armada, aurait subi l’estrapade car soupçonné d’implication dans la mutinerie, avant d’être gracié et de continuer son service. [8] Or ce supplice, au-delà de la douleur immédiate, entraîne au mieux une perte de sensation dans les bras, au pire une paralysie des membres supérieurs (due aux importantes lésions des nerfs du plexus brachial) ; il paraît difficile d’imaginer San Martín continuer à relever et noter les positions des astres sans l’usage de ses bras (à moins que Ginés de Mafra ne l’ait fait pour lui). [9] Hernando de Morales aurait subi le même sort. [10]
Que Gonzalo Gómez de Espinosa et les cinq hommes qui l’accompagnaient aurait été payés pour le meurtre de Luis de Mendoza (en plus de la redistribution des biens du gentilhomme). Deux témoignages des survivants de l’expédition viendraient corroborer le fait : celui de Juan Sebastián Elcano, qui dit l’avoir vu (mais qui n’appréciait pas Magellan et faisait partie des mutins), et celui de Hernando de Bustamante, qui dit juste en avoir entendu parler (ce qui la classerait comme simple rumeur). [11]
En réalité, nombre de faits terribles imputés à Fernão de Magalhães sont mensongers et le fruit des témoignages des marins du San Antonio. Le navire se mutinera le jeudi 8 novembre 1520 et rentrera en Espagne. Par peur des représailles (ils seront jetés en prison et risqueront la peine de mort), il leur faudra répondre de leurs actes. Ils vont donc s’employer à contrefaire la réalité, et salir autant que possible le capitán general, le faisant passer pour un dictateur sans scrupules. L’histoire se chargera de rétablir les faits. [12]

 

 

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[1] Cat, Les grandes découvertes du treizième au seizième siècle (1882), Chapitre XVI, p.205
Queirós Veloso, Revue d’histoire moderne : Fernao de Magalhaes, sa vie et son voyage (1939), p.475
Zweig, Magellan (1938), p.169-170
Mazón Serrano, La tripulación, #65

[2] Navarrete, Historia de Juan Sebastián del Cano (1872), p.45
Queirós Veloso, Revue d’histoire moderne : Fernao de Magalhaes, sa vie et son voyage (1939), p.475

[3] La hart, du nom de la corde avec laquelle on pendait le supplicié.
La hart était une peine de mort réservée aux non nobles. Il existerait un vieil adage disant : « la hache au noble, la hart au vilain ».
Charton, Voyageurs anciens et modernes – Tome III – Fernand de Magellan, voyageur portugais (1863), p.285-286 note 2

[4] Zweig, Magellan (1938), p.169
Le témoignage de l’aumônier Pedro de Valderrama indique uniquement qu’il a aidé Quesada lors de la mutinerie, sans être plus précis. Bernal, Sucesos desafortunados de la Expedición (2015), p.12

[5] Queirós Veloso, Revue d’histoire moderne : Fernao de Magalhaes, sa vie et son voyage (1939), p.475
Mazón Serrano, La tripulación
Fernández Vial & Fernández Morente, Gaspar de Quesada: capitán de trágica suerte (ABC Sevilla, 06.06.2009, p.45)
Via Wikipedia (EN) :
– Joyner, Magellan (1992)

[6] Certaines sources indiquent que l’exposition sur le gibet aurait duré trois mois.
Via Wikipedia (EN) :
– Bergreen, Over the Edge of the World: Magellan’s Terrifying Circumnavigation of the Globe (2003), p.148-149

[7] Stefan Zweig, Magellan (1938), p.171
Via Wikipedia (EN) & Wikipedia (EN):
– Joyner, Magellan (1992), p.151
– Bergreen, Over the Edge of the World: Magellan’s Terrifying Circumnavigation of the Globe (2003), p.148-149

[8] Via Wikipedia (EN) :
– Bergreen, Over the Edge of the World: Magellan’s Terrifying Circumnavigation of the Globe (2003), p.148-149

[9] Voir aussi à ce sujet la note de José Maria de Queirós Veloso (reprenant Navarrete), qui rapporte la prétendue dislocation des pieds de San Martín à l’issue d’un supplice, et se demande comment il aurait pu continuer à servir avec les pieds en miettes.
Queirós Veloso, Revue d’histoire moderne : Fernao de Magalhaes, sa vie et son voyage (1939), p.475-476

[10] Bernal, Sucesos desafortunados de la Expedición (2015), p.7

[11] Elcano précise même que Espinosa a touché 12 ducats d’or et les autres membres du commando 6 chacun, le tout prélevé dans les finances de Mendoza et Quesada.
Bernal, Interrogatorio tras la aventura (2014), p.4-5

Stefan Zweig (qui précise qu’il s’agit d’une rumeur) indique qu’ils ont été payés 12 ducats et que Magellan leur a promis la moitié des biens de Mendoza et Quesada.
Zweig, Magellan (1938), p.170

[12] Queirós Veloso, Revue d’histoire moderne : Fernao de Magalhaes, sa vie et son voyage (1939), p.476