Incendie de la Concepción

 

Jeudi 2 mai 1521
Bohol (Philippines)

La flotte a quitté Cebu avec précipitation et navigue sud-ouest jusqu’à arriver près de la côte ouest de l’île de Bohol, où elle marque un arrêt (par une latitude de 9º ¾). [1]

Les équipages ont été décimés par l’Assaut sur Mactan et par le Banquet de Cebu, et ne sont plus en mesure de manœuvrer trois navires. Un conseil est tenu, et à l’issue d’un vote, [2] décision est prise d’abandonner la Concepción, qui est la caraque en plus mauvais état. [3]

Les marins et les équipements qui se trouvaient à son bord sont répartis sur les deux bateaux restants : la Trinidad et la Victoria.
Puis la Concepción est incendiée en pleine mer, hors de vue de la terre.
Pourtant, le Pilote génois (Leone Pancaldo ou Giovanni Battista da Ponzoroni) raconte que des indigènes en praos sont venus leur parler. [4] Cependant, il n’ajoute rien de plus et aucun autre récit ne mentionne ce passage. On ignore donc ce qu’ils ont pu se dire, d’autant que l’armada ne possède plus d’interprète depuis la disparition d’Henrique (dont on ne sait pas trop ce qu’il est réellement devenu).

 

 

Le Portugais João Lopes Carvalho est officiellement élu au commandement de l’expédition. [5]
Des capitaines présents au départ de Sanlúcar de Barrameda (20/09/1519), tous ont été tués. Au niveau des pilotes, en dehors d’Estêvão Gomes (qui a déserté avec le San Antonio dans le détroit de Magellan), tous les autres sont morts de maladie ou ont été tués. Enfin, chez les maîtres de bord (maestre), il ne reste que le Basque Juan Sebastián Elcano et le Génois Giovanni Battista da Ponzoroni.
Au sein des officiers supérieurs, ils ne sont donc plus que 3 sur les 15 du départ.

Carvalho est un pilote expérimenté et il est naturel que cette fonction lui échoie. [6] Il avait notamment guidé l’armada le long de la côte américaine, qu’il connaissait bien (au contraire de la région où ils se trouvent présentement).
Cependant, il semble que l’homme ne soit guère apprécié des autres marins. Selon l’historien espagnol Eustaquio Fernández de Navarrete (1820-1866), on lui reproche d’avoir volontairement abandonné João Serrão sur la place de Cebu afin de récupérer le commandement. Le fait qu’il soit Portugais aurait accentué le ressentiment d’un équipage en majorité espagnol. [7] Le chroniqueur portugais João de Barros (1496-1570) ajoute que les Castillans le qualifient « d’homme vicieux » (homem vicioso). [8]

Un autre personnage aurait pu prétendre à ce rang : Gonzalo Gómez de Espinosa, l’alguacil de la flotte et fidèle de Magellan. Mais cet homme, aussi respecté soit-il, ne connaît rien à la navigation.

Si Carvalho passe sur la Trinidad, le vaisseau amiral, le capitanat de la Victoria est discuté.
D’après le Pilote génois, c’est Gonzalo Gómez de Espinosa qui accède à cette fonction. [9]
Pour Ginés de Mafra, le rôle revient à Juan Sebastián Elcano. [10] Ce dernier prend la peine d’ajouter que le Basque a subi de nombreux ennuis depuis le détroit (había sufrido muchos disfavores, qu’il faut sans doute interpréter comme de la maladie), mais qu’il a souffert en silence jusqu’à retrouver son poste. On sent comme une sorte de respect pour Elcano de la part de Mafra (qui, pourtant, choisira de ne pas partir avec lui lorsque les navires se sépareront aux Moluques, le samedi 21 décembre 1521).

 

 

Le Banquet funeste   |   Arrivée à Séville du San Antonio  >

 

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________

[1] Ceci les place approximativement au niveau du Fort San Vicente Ferrer, construit par les Espagnols en 1796.
Bernal, Derrotero de Francisco Albo (2015), p.14

[2] Sir Stanley of Alderley, The First Voyage Round the World – A Letter from Maximilianus Transylvanus (1874), p.202
Barros, Decadas de Asia – Decada Terceira, Parte Primera – Livro V (1778), p.651

[3] À noter que seuls les auteurs modernes indiquent que la Concepción est la caraque en plus mauvais état. Même si cela semble logique, il semble s’agir d’une interprétation de leur part. Parmi les contemporains de l’expédition, seul le pilote génois indique que ce navire est « celui qui conviendrait le mieux à cette intention » (sans donner le nom dudit navire).
Pigafetta, Primer viaje alrededor del Globo (Civiliter p.83 ; Charton p.314)
Bernal, Derrotero de Francisco Albo (2015), p.14
Sir Stanley of Alderley, The First Voyage Round the World – The Genoese Pilot’s Account of Magellan’s Voyage (1874), p.13
Sir Stanley of Alderley, The First Voyage Round the World – A Letter from Maximilianus Transylvanus (1874), p.202
Navarrete, Historia de Juan Sebastián del Cano (1872), p.59
Denucé, Magellan. La question des Moluques et la première circumnavigation du globe (1911), p.326
Queirós Veloso, Revue d’histoire moderne : Fernao de Magalhaes, sa vie et son voyage (1939), p.510

[4] Sir Stanley of Alderley, The First Voyage Round the World – The Genoese Pilot’s Account of Magellan’s Voyage (1874), p.14

[5] Sir Stanley of Alderley, The First Voyage Round the World – The Genoese Pilot’s Account of Magellan’s Voyage (1874), p.13
Mafra, Libro que trata del descubrimiento del Estrecho de Magallanes (1542), p.204

[6] Le Pilote génois (Leone Pancaldo ou Giovanni Battista da Ponzoroni) présente Carvalho comme le trésorier en chef de l’armada, ce qui paraît assez douteux. Aucune autre source ne mentionne cela.
Sir Stanley of Alderley, The First Voyage Round the World – The Genoese Pilot’s Account of Magellan’s Voyage (1874), p.13

[7] Navarrete, Historia de Juan Sebastián del Cano (1872), p.59

[8] Il est ici possible que João de Barros ait cherché à ternir l’image de son compatriote, à qui il aurait pu reprocher d’avoir participé à une expédition espagnole (ce qui a effectivement été reproché à Magellan).
Barros, Decadas de Asia – Decada Terceira, Parte Primera – Livro V (1778), p.651

[9] Information sans doute reprise par Eustaquio Fernández de Navarrete et Jean Denucé.
Sir Stanley of Alderley, The First Voyage Round the World – The Genoese Pilot’s Account of Magellan’s Voyage (1874), p.14
Navarrete, Historia de Juan Sebastián del Cano (1872), p.60
Denucé, Magellan. La question des Moluques et la première circumnavigation du globe (1911), p.327

[10] Information sans doute reprise par João de Barros (qui ajoute qu’à ce moment-là, Elcano était déjà le maestre de la Victoria, et non plus de la Concepción).
Mafra, Libro que trata del descubrimiento del Estrecho de Magallanes (1542), p.204
Barros, Decadas de Asia – Decada Terceira, Parte Primera – Livro V (1778), p.651

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