Départ du Río Santa Cruz

 

Jeudi 18 octobre 1520
Río Santa Cruz (Argentine)

Après environ deux mois dans l’embouchure du río Santa Cruz, Magellan décide qu’il est temps de remettre les voiles en direction du sud. Durant cet hivernage, la flotte a avitaillé en eau et en nourriture (notamment du poisson et de la viande d’otarie [1] ), ainsi qu’en bois. [2]

Avant de partir, et sans doute afin de s’attirer les meilleurs auspices, le capitán general demande à tout l’équipage de se confesser une nouvelle fois.

 

 

Certaines sources [3] indiquent que Magellan aurait annoncé à ses hommes son intention de pousser jusqu’à 75° de latitude sud ; si à ce moment-là, le passage ne s’est toujours pas présenté à eux, ils partiront vers l’est et rejoindront les Moluques par le Cap de Bonne-Espérance.
Ceci semble extrêmement douteux, et ce pour plusieurs raisons.
Tout d’abord, l’embouchure du Santa Cruz se trouve à 50°08’S. Continuer jusqu’à 75°S paraît complètement irréaliste, compte tenu de la distance à parcourir mais aussi de la météo : ils se trouvent à présent dans la zone des Cinquantièmes Hurlants. Les vents soufflent de manière constante à 25–30 nœuds (46,3–55,56 km/h), avec des rafales à 40 nœuds (74,08 km/h), le ciel est couvert, avec parfois de la pluie et de la brume, la mer est grosse, la température de l’air comme de l’eau est passée sous les 10°C. Sans compter la possibilité de croiser des icebergs. [4] Difficile d’imaginer un marin de l’expérience de Magalhães tenter un tel pari, au regard des évènements que la flotte subit déjà. Et même si personne n’est jamais descendu si loin au sud, il est évident que les conditions de navigation ne vont faire qu’empirer. [5]
Ensuite, ce serait un terrible aveu d’échec pour Magellan et l’on sait l’homme parfois buté. Annoncer cela à l’avance aurait certes pu remotiver les équipages mais aussi laisser entendre que l’expédition risquait de ne pas aboutir. Ce que ne pouvait se permettre le navigateur portugais.
Enfin, l’objectif de l’expédition est justement d’atteindre les îles aux épices par l’ouest. La route par l’est est à la fois connue de tous et tenue par l’ennemi Portugais. Utiliser cette route serait inutile et dangereux. La mission ayant échoué, autant rentrer en Espagne.

 

 

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[1] Ginés de Mafra, Libro que trata del descubrimiento del Estrecho de Magallanes (1542), p.193

[2] Pigafetta, Primer viaje alrededor del Globo (Civiliter p.29 ; Charton p.287 ; Peillard p.117)
Queirós Veloso, Revue d’histoire moderne : Fernao de Magalhaes, sa vie et son voyage (1939), p.477
Sir Stanley of Alderley, The First Voyage Round the World – The Genoese Pilot’s Account of Magellan’s Voyage (1874)
Sir Stanley of Alderley, The First Voyage Round the World, by Magellan – Narrative of the Anonymous Portuguese (1874)

[3] Cat, Les grandes découvertes du treizième au seizième siècle (1882), p.206
Zweig, Magellan (1938), p.178
Queirós Veloso, Revue d’histoire moderne : Fernao de Magalhaes, sa vie et son voyage (1939), p.477

[4] Infos tirées de témoignages de marins :
journal de bord de Brian Thompson, lors de l’Oryx Quest 2005
Francis Joyon, lors du Trophée Jules Verne 2015

[5] À titre de repère, la latitude 75°S les aurait amenés tout au sud de la Terre de Palmer, sur la Péninsule Antarctique.

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