La mutinerie de Pâques : 3e jour

 

Mardi 3 avril 1520
Puerto San Julián (Argentine)

Magellan a contenu la mutinerie et s’est retrouvé en position de force avec désormais trois navires qui bloquent l’accès à l’océan.

Malgré tout, Gaspar de Quesada décide de forcer le blocus. Mais la manœuvre est un échec. [1] Dans la nuit du 2 au 3 avril, [2] le San Antonio se met à dériver, dans le noir, se retrouvant bientôt à portée de tir de la Trinidad, le vaisseau amiral de Magellan. Différentes hypothèses ont été avancées pour expliquer cette situation [3] :
– une très forte marée ce jour-là
– en voulant partir le plus vite possible à l’aube, Quesada aurait fait relever trois des quatre ancres ; la dernière n’aurait pas suffi à retenir le bateau [4]
– des marins du San Antonio, demeurés fidèle à Magellan, auraient coupé les écoutes des ancres
– certains affirment que Magellan aurait envoyé un esquif avec un marin chargé de cette mission. Celui-ci aurait pu monter à bord en se faisant passer pour un déserteur, loyal aux capitaines espagnols.
Cet évènement demeure obscur. Si l’hypothèse de l’agent infiltré paraît peu vraisemblable (un homme seul, tranchant successivement trois énormes câbles sans se faire repérer), les deux premières prêtent à discussion, dans la mesure où Juan Sebastián Elcano, et sa grande expérience de la mer, était présent à bord. Quesada serait-il passé outre ses conseils et aurait fait relever les ancres ? Elcano se serait-il lui-même fait surprendre pas la puissance de la marée ?

Toujours est-il qu’au lieu de foncer toutes voiles dehors vers l’embouchure de la baie, le San Antonio se rapproche sans vitesse (et peut-être en travers) de la Trinidad. L’abordage est donné, et l’équipage se rend sans résistance, prêtant allégeance au capitán general (certaines sources disent que des coups de canons ont pu être tirés préventivement). [5]
Il semble qu’à leur grande surprise, les assaillants trouvent un Quesada en armure complète, arpentant le pont avec sa lance et son bouclier. [6] Celui-ci est malgré tout arrêté.

N’ayant plus d’autre alternative, Juan de Cartagena et la Concepción se rendent.

 

Le jour levé, Magellan fait transporter à terre le corps de Luis de Mendoza, tué lors du coup de force de Gonzalo Gómez de Espinosa sur la Victoria. Il le fait démembrer tandis qu’on lit à haute voix l’accusation de traitrise. [7]

Un procès est organisé, dont le verdict sera remis au roi. Celui-ci dure cinq jours et est présidé par Álvaro de Mezquita. En tant que cousin de Magellan et « victime » de la mutinerie, son impartialité sera par la suite mise en cause.

Magellan nomme Jerónimo Guerra trésorier de l’armada, en remplacement de Mendoza. [8]

 

 

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________

[1] Certaines sources disent que le San Antonio a tenté de forcer le passage durant la nuit, d’autres au matin. Comme la manœuvre ne s’est pas déroulée comme prévu, il est possible que Quesada ait envisagé de partir au lever du jour, mais que dans les faits le navire se soit mis en branle dans la nuit.

[2] L’historien espagnol Eustaquio Fernández de Navarrete indique que l’ensemble de la mutinerie s’est déroulée en moins de vingt-quatre heures. Si cela est techniquement possible (la totalité des faits auraient eu lieu entre minuit et environ 9h00), cela ne colle pas avec d’autre sources. Difficile ici de trancher de manière définitive, notamment parce que les sources de l’époque ne sont guère précises.
Navarrete, Historia de Juan Sebastián del Cano (1872), p.45

[3] Via Wikipedia (EN) & Wikipedia (EN):
– Joyner, Magellan (2003), p.143

[4] Selon les témoignages d’époque, Quesada aurait fait relever deux ancres.
Bernal, Sucesos desafortunados de la Expedición (2015), p.5

[5] Queirós Veloso, Revue d’histoire moderne : Fernao de Magalhaes, sa vie et son voyage (1939), p.475

[6] Zweig, Magellan (1938), p.167-168
Via Wikipedia (EN) :
– Joyner, Magellan (2003), p.143

[7] Charton, Voyageurs anciens et modernes – Tome III – Fernand de Magellan, voyageur portugais (1863), p.285-286 note 2 : « en faisant proclamer à haute voix la sentence qui flétrissait la mémoire du trésorier du nom de traître ».
Queirós Veloso, Revue d’histoire moderne : Fernao de Magalhaes, sa vie et son voyage (1939), p.475 : « le corps de Mendoza fut divisé en quartiers, tandis qu’un greffier lisait à haute voix la sentence qui le flétrissait ».
Verne, Les grands voyages et les grands voyageurs. Découverte de la terre – Chapitre II : Premier voyage autour du monde (1878), p.308 : « Mendoza fut porté à terre et coupé en morceaux, avec un ban qui le déclarait traître ».

Édouard Charton, citant Eustaquio Fernández de Navarrete, indique que le corps de Mendoza est démembré le 4 avril, soit le lendemain de la reconquête de la flotte par Magellan. Ce qui est possible, mais ne colle pas avec les dates du procès (étalé sur cinq jours et conclu le 7 avril), ce qui signifierait que le procès a débuté avant que Mendoza ne soit démembré.

[8] Medina, El descubrimiento del Océano Pacífico : Hernando de Magallanes y sus compañeros (1852-1930), LXIX, p.229
Queirós Veloso, Revue d’histoire moderne : Fernao de Magalhaes, sa vie et son voyage (1939), p.480
Kronobase

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