Troisième altercation entre Magellan et Cartagena

 

Mercredi 26 octobre 1519
Au large de la Sierra Leone

C’est vraisemblablement durant un moment de calme, et en vue de la montagne Serra Leoa (Sierra Leone) [1], que la situation s’envenime réellement entre le Portugais et l’Espagnol.
Antonio Pigafetta situe cette fameuse « montagne » à une latitude de 8°N ; il s’agit vraisemblablement de la péninsule de Freetown (Sierra Leone – 8°29’4N), zone côtière au relief accidenté. [2]

 

Carte_Afrique-CapVert-Guinee-SierraLeone_paralleles
Carte de l’Afrique avec les 14e et 8e parallèles.

 

Tous les soirs, au moment de l’Angélus (environ 18h00), il est de coutume que les différents capitaines approchent leur navire du vaisseau amiral afin de saluer le capitán general. [3]
Or un soir, Juan de Cartagena envoie l’un de ses marins (probablement Juan de Elorriaga [4]) qui s’exclame : « Dieu vous sauve, seigneur capitaine et maître, et bonne compagnie ! » (Dios (v)os salve señor capitan y maestre y buena compañía) [5]. Au-delà du ton, Magellan ne goûte guère la façon dont on le nomme. Il voit là une offense parfaitement préméditée par le veedor et décide de répliquer immédiatement. Par l’entremise d’Estêvão Gomes, son pilote, et de Juan de Elorriaga, maître de bord du San Antonio, il fait informer Cartagena qu’il ne doit plus le saluer de cette manière et respecter son titre de « Capitaine général ».
La réponse de l’Espagnol ne se fait guère attendre, et elle est pour le moins cinglante : il l’a fait complimenter par le meilleur marin de son navire ; la prochaine fois, il enverra un simple page le saluer. [6]
Mais Cartagena n’envoie plus personne durant les trois jours qui suivent. [7]

Magellan semble ne pas réagir à cette ultime provocation, mais nul doute qu’il commence à préparer sa riposte ; il ne peut en effet laisser impunies ces insubordinations répétées, quand bien même elles proviennent du représentant du roi au sein de la flotte. Laisser faire lui ôterait toute autorité future. Sans compter le caractère du Portugais, peu enclin à faire des compromis, comme il l’a prouvé maintes fois par le passé.
On peut également se demander si l’insolence de la réponse de Juan de Cartagena ne fait pas écho à celle d’Estêvão Gomes au début du mois, lorsque le veedor avait demandé pourquoi ils devaient longer les côtes africaines.

 

Selon toute vraisemblance, cet incident a lieu le mercredi 26 octobre 1519, les évènements liés au procès d’Antonio Salomón se déroulant le dimanche 30.

 

 

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________

[1] Pigafetta, Primer viaje alrededor del Globo (Civiliter p.13)
Charton, Voyageurs anciens et modernes – Tome III – Fernand de Magellan, voyageur portugais (1863), p.275

[2] Il existe dans la région deux sommets : le massif du Fouta-Djalon en Guinée (qui culmine à 1 515m – 11°19’03N) et le Loma Mansa ou Bitumani en Sierra Leone (1 948m – 9°13’41N) ; mais ceux-ci se trouvent assez loin dans les terres (et la position ne correspond pas tout à fait).

[3] Queirós Veloso, Revue d’histoire moderne : Fernao de Magalhaes, sa vie et son voyage (1939), p.468
L’auteur indique que cette pratique était commune à la toute marine espagnole, et imposée par le roi.

[4] Zweig parle de son « quartier-maître » (p.138). Queirós Veloso parle d’un « marin » (p.468).

[5] Texte original : Bernal, Sucesos desafortunados de la Expedición (2015), p.3
Traduction : Queirós Veloso, Revue d’histoire moderne : Fernao de Magalhaes, sa vie et son voyage (1939), p.468

[6] Nul ne précise si Cartagena a répondu lui-même ou s’il a de nouveau utilisé l’entremise d’Elorriaga, ce qui semble le plus probable.

[7] Bernal, Sucesos desafortunados de la Expedición (2015), p.3-4
Queirós Veloso, Revue d’histoire moderne : Fernao de Magalhaes, sa vie et son voyage (1939), p.468-469.
Zweig, Magellan (1976), p.139
Certaines sources disent que Cartagena était accompagné d’un marin, mais que c’est bien lui qui s’exprime. On trouve aussi la référence à un mousse, plutôt qu’un page (Charton, p.275). Pigafetta ne fait nulle mention de cet évènement, sans qu’il soit possible de savoir s’il n’était pas au courant, s’il ne l’a pas mentionné à dessein, ou si la confrontation a été expurgée lors du retour en Espagne.

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