Départ de Sanlúcar de Barrameda

 

Mardi 20 septembre 1519
Sanlúcar de Barrameda, Cadix, Andalousie, Espagne

Durant l’escale, Magellan effectue plusieurs aller-retour à Séville, notamment pour saluer son ami et beau-père Diego Barbosa, dire un dernier adieu à sa femme Maria Caldera Beatriz Barbosa (épousée en décembre 1517) et son fils Rodrigo de Magalhães [1], et aussi rédiger son testament. [2]

 

La veille du départ, Magellan a invité (pour ne pas dire contraint) les marins à se confesser, possiblement en l’église Notre-Dame de l’Ô (Iglesia de Nuestra Señora de la O). [3]

Église Notre-Dame de l’Ô, Sanlúcar de Barrameda
Église Notre-Dame de l’Ô, Sanlúcar de Barrameda ©Catedrales e Iglesias / Alejandro Blanco, 2013 (CC BY 2.0)

Nombre d’entre eux était issus des basses classes de la société, et il n’est pas certain que tous aient été familiers de l’exercice. De plus, si la plupart embarquait pour des raisons financières ou dans l’espoir d’une vie meilleure, certains cherchaient à échapper à la prison ou à quelque dette. Magellan souhaitait ainsi placer son voyage sous les meilleurs auspices en déchargeant les marins de leurs péchés. On ne sait pas grand-chose sur le déroulement de cette confession, notamment concernant son organisation matérielle car il paraît compliqué pour un seul prêtre d’entendre et d’absoudre plus de deux cents hommes ; la cérémonie a-t-elle été collective et donc éloignée du processus habituel ? Plusieurs prêtres ont-ils officié ce jour-là ? Tout le monde y est-il réellement allé ou bien seuls des volontaires ?

 

À l’aube, les cinq navires quittent le port de Sanlúcar en faisant tonner leurs canons. [4]

Vue de Sanlúcar de Barrameda, avec le Parc national de Doñana sur l’autre rive
Vue de Sanlúcar de Barrameda, avec le Parc national de Doñana sur l’autre rive
©José García Fábregas, 2006 (CC BY-SA 2.5)

 

 

Cap Saint-Vincent, Algarve, Portugal
Premières tensions

La flotte croise au large de la Pointe de Sagres, surplombée par la Forteresse de Sagres (Fortaleza de Sagres). Elle aperçoit aussi le cap Saint-Vincent (cabo de São Vicente), extrémité sud-ouest du continent européen.

 

C’est là qu’apparaissent les premières tensions : Magellan refuse de communiquer leur destination aux autres capitaines (Cartagena, Mendoza, Quesada et Serrão), qui devront se contenter de le suivre. Tout juste leur a-t-il indiqué qu’ils feraient escale aux Canaries pour charger notamment de la poix et de l’eau fraîche.
Cartagena est hors de lui.  En tant que représentant du roi, il doit être mis au courant des moindres détails de l’expédition ; ce que refuse le Portugais, qui estime n’avoir aucun compte à lui rendre en ce qui concerne la navigation. Les cédules royales du 30 avril 1519 précisaient en effet que si Magellan et Cartagena se trouvaient sur un pied d’égalité, ce dernier ne pouvait intervenir dans le commandement de la flotte.

 

Avant le départ, Magellan a distribué des ordonnances à respecter scrupuleusement [5] :

– la Trinidad, vaisseau amiral, doit toujours voguer en tête

– Pour la navigation de nuit se trouve à la poupe de celle-ci une farol (grande lanterne vitrée et ouvragé), quelquefois une simple lanterne ou une trenche allumée (de l’espagnol « trenza » : natte, tresse).
Avec, seront envoyés des signaux auxquels il conviendra de répondre systématiquement pour confirmer la bonne réception de l’ordre :
1 feu : arrêt
2 feux : changement de direction
3 feux : hisser ou retirer les bonnettes (voiles de complément)
4 feux : augmenter ou diminuer la voilure

– Trois gardes de nuit doivent être mises en place : la première au coucher du soleil, la seconde à minuit, la dernière à « diane » (le point du jour). Un roulement est aussi instauré : ceux ayant fait la seconde garde une nuit, effectuent la première la nuit suivante ; etc.

– Enfin, l’équipage de chaque navire doit être réparti en trois bordées : une sous les ordres du capitaine, une sous ceux du pilote, une sous ceux du maître d’équipage.

Toutes ces directives ne sont pas pour apaiser les tensions avec les capitaines espagnols. Les participants à l’expédition doivent suivre et obéir sans poser de questions. L’organisation est quasi-militaire.
Difficile de dire si Magellan juge les Espagnols incapables de commander leurs navires ou s’il se méfie simplement d’eux ; peut-être un peu des deux. (João Serrão n’est pas réellement concerné car en plus d’être un marin et un explorateur aguerri, il est un homme de confiance de Magellan, avec qui il a combattu aux Indes pour la couronne portugaise).

 

 

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________

[1] Beatriz était la fille de la seconde épouse de Diego (ou Diogo) Barbosa. Elle décèdera en mars 1522.
Rodrigo mourra assez jeune, en octobre 1522.
Fernando et Beatriz avaient également eu un second fils, Carlos, mort à la naissance.
via Wikipedia :
– Noronha, Algumas Observações sobre a Naturalidade e a Família de Fernão de Magalhães (1921)
– Gil, El exilio portugués en Sevilla de los Braganza a Magallanes (2009), p.180-182

[2] Zweig, Magellan (1938), p.130
Il semble que le testament ait été rédigé fin août.

[3] Cette église date du XIVe siècle et aurait donc pu recevoir les pénitents, mais sans certitude. Néanmoins, certaines sources parlent de « Notre-Dame de Barramenda » (Peillard p.100) ou  de Nostra Dona de Baremeda. Pigafetta indique juste « N.S. de Barrameda » (in Primer viaje alrededor del Globo (Civiliter p.12)).

[4] Zweig, Magellan (1938), p.131

[5] Peillard, Magellan / Antonio Pigafetta, p.95-99

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